Désormais, Noël était maître de sa personne. L'année précédente, en repassant avec Vascody par la ville de leur première rencontre, il avait appris le décès de son père, peu à peu miné par l'alcool.
Il continua d'errer sans trêve en disant la bonne aventure et, pour égayer sa solitude, prit des bêtes qui, dressées par lui, corsèrent son répertoire. Tour à tour un chien, un chat et un singe, morts depuis, étonnèrent les curieux par leurs manigances divinatoires. En dernier lieu, Mopsus, ingénieusement éduqué, dépassa l'art de ses trois devanciers.
Noël tenait toujours en réserve le dernier spécimen métallique du comte de Ruolz.
En attendant l'occasion d'en tirer grandement profit, l'adolescent, avec un bref historique, l'exhibait à chaque séance ainsi que le plateau et la boîte, afin d'enrichir son programme.
Canterel ayant royalement payé à notre intention le spectacle de l'étrange mue et le prix de la future dentelle, Noël s'était muni pour aujourd'hui d'une petite provision de charbon.
Pendant l'exposé du jeune garçon, le spécimen métallique, échauffé par la braise, avait grossi progressivement dans la boîte, qu'à présent il remplissait presque de son rouleau mobile aux continuels glissements intérieurs.
Noël, jugeant l'épanouissement insuffisant, attendit que la dentelle, en se développant encore, touchât les six parois de mica.
Mettant, pour parer les brûlures, des gants d'hiver épaissement tricotés, il ouvrit et vida la boîte sans recourir aux anses non conductrices puis étendit la dentelle sur la table en vue d'un refroidissement plus rapide.
Un cri d'extase nous échappa devant cet ouvrage merveilleux, comparable aux plus ruineuses valenciennes. Malgré l'infinie ténuité du résultat, la matière composante restait métal et scintillait au clair de lune.