Après avoir essayé vainement de remuer les pierres rouges entassées sur l'ouverture qui lui avait livré passage, le reître fit le tour de sa vaste prison, dont l'examen minutieux lui enleva d'emblée tout espoir d'évasion.
Au cours de son exploration il avait ramassé dans un coin obscur certain vieux livre pourri en maint endroit, seul vestige à peu près complet d'un stock de volumes lamentables jetés là au rebut et presque anéantis par la moisissure ou par les rats.
Revenu près de la torche, il examina l'ouvrage et vit l'en-tête suivant: Recueil des Kaempe Viser, publié pour la reine Sophie par Sorenzon Wedel.—1591.
Dans l'espoir de chasser un instant par la lecture les pensées lugubres qui l'assaillaient, Aag, s'étendant sur le sol, ouvrit le livre au hasard et tomba sur cette légende naïve, intitulée Conte de la Boule d'Eau.
Autrefois vivait près d'Eidsvold le prince Rolfsen, connu pour sa grandeur d'âme et sa loyauté.
Maître d'immenses richesses, Rolfsen chérissait sa fille Ulfra, pure adolescente aux vertus proverbiales; par contre il s'était vu forcé de répudier ses onze fils, jeunes gens perfides, remplis d'instincts vils et cruels.
A la mort de Rolfsen, la sage Ulfra, bien qu'elle fût la plus jeune, entra en possession de tous les biens de son père, qui l'avait nommée son héritière unique.
Les onze frères, fous de rage, allèrent trouver la fée malfaisante Gunvère et la prièrent de faire périr Ulfra au moyen de quelque sortilège.