Gagnée incontinent à la mauvaise cause des solliciteurs, la fée, avec regret, déclara sa puissance trop limitée pour provoquer directement le trépas de la jeune fille. Elle pouvait seulement la métamorphoser en colombe pendant l'espace d'une année, au cours de laquelle les onze frères lui donneraient facilement la mort s'ils réussissaient à la découvrir dans le Fuglekongerige—ou Royaume des Oiseaux,—lieu de retraite au sein duquel se passerait tout son temps d'exil.
Les jeunes gens acceptèrent l'offre de Gunvère, qui, après avoir nasillé une formule magique, leur annonça qu'Ulfra, soudainement changée en colombe, venait de prendre son vol en leur laissant le champ libre pour l'accaparement de ses trésors.
Avec mille recommandations la fée leur remit une cage contenant un linot qui, une fois lâché, devait les conduire, en voletant, jusqu'au royaume des oiseaux—puis leur apprit un mot cabalistique propre à les préserver d'un péril mortel au moment de toucher au but.
En effet, le Fuglekongerige était gardé par un génie terrible qui, sous la forme d'une sphère d'eau aérienne, de moyenne grosseur, en interdisait l'accès aux chasseurs aventureux.
Tout être vivant effleuré par l'ombre de l'étrange boule mourait à l'instant. Le danger persistait durant la nuit, où, dans le ciel toujours pur d'un climat privilégié, la lune ou les étoiles produisaient une clarté suffisamment brillante pour être occultée de façon appréciable.
Articulé à voix haute, le vocable magique livré par Gunvère forcerait le globe liquide à fuir au loin.
Les onze frères quittèrent la fée, qui leur recommanda de faire diligence, car, s'ils ne lui ôtaient l'archée, Ulfra, au bout d'une année, désertant le Fuglekongerige à tire-d'aile, retrouverait sa forme première pour occuper de nouveau son rang et jouir de sa fortune au détriment des spoliateurs.
Avant tout, les jeunes gens allèrent prendre possession des richesses paternelles, que la disparition de leur sœur venait de laisser vacantes.
Oubliant que Gunvère leur avait enjoint de se hâter, ils menèrent pendant près d'un an accompli une vie de folle bombance, jetant l'or à pleines mains et profitant du présent joyeux sans souci de l'avenir.
Quelques jours seulement avant la date fatale, se souvenant brusquement du danger qui les menaçait, ils se mirent en route en lâchant le linot, dont la cage, depuis la première heure, avait toujours été munie régulièrement de grains nourrissants et variés.