A la suite de l'oiseau, qui, sûr de son chemin, voletait dans une direction fixe, ils fournirent plusieurs longues étapes et eurent enfin connaissance d'un bois immense plein de bruissements de plumes et de pépiements. Le linot s'arrêta, leur indiquant ainsi qu'ils venaient d'atteindre le Fuglekongerige.

Il faisait grand jour, et le soleil étincelait dans un ciel radieux.

Tout à coup les onze frères, terrifiés, virent apparaître la sphère d'eau annoncée par la fée; ils cherchèrent vainement le mot préservateur, depuis longtemps oublié au milieu d'innombrables orgies.

La boule approchait, dessinant sur le sol une ombre pâle qui d'abord éclipsa le linot, réduit par la fatigue à sautiller péniblement sans faire usage de ses ailes. L'oiseau, comme foudroyé, tomba mort avant d'avoir pu exhaler une plainte.

Dès lors une chasse effroyable commença. Les jeunes gens, ployés par l'épouvante, cherchaient à fuir le fléau aérien qui les poursuivait avec acharnement. La lutte ne pouvait durer, tant le globe fluide mettait d'agilité à déjouer les feintes brusques tentées par les condamnés pour se soustraire à l'ombre mortelle.

Mais, depuis quelques instants, une colombe, s'élevant hors du Fuglekongerige, avait pris sa course à plein vol vers le lieu découvert où se jouait la scène angoissante.

Planant au-dessus de la sphère pour éviter l'obscurcissement meurtrier, la nouvelle venue, en baissant le bec, but avidement jusqu'à la dernière goutte l'eau vagabonde et terrible.

Les onze frères, comprenant qu'ils se trouvaient en présence d'Ulfra, mirent un genou en terre, émus et repentants.

La colombe, se faisant guide à la place du linot, les entraîna sur la route du retour, où ils la suivirent docilement.

Le domaine familial une fois en vue, les temps maléfiques étant révolus, la douce Ulfra reprit sa forme féminine—et prononça quelques paroles de touchante conciliation, en tendant les bras à ses frères, dont elle avait su pénétrer les ténébreux agissements.