Les jeunes gens, amendés, vécurent désormais auprès de leur sœur, qui, rentrée en possession de son immense avoir, les combla de tendresse et de libéralités.
Au fond de la grotte où le baron Skjelderup venait de l'enterrer vivant, Aag avait conquis un peu d'oubli dans sa lecture.
Se voyant gagné par le sommeil, il posa le volume auprès de lui et, le corps à l'abandon, ne tarda pas à s'endormir.
Un rêve, inspiré par le texte récemment assimilé, lui montra bientôt les onze frères de la légende fléchis de terreur par la sphère d'eau, dont l'ombre estompait mortellement le linot conducteur,—tandis qu'au loin une neigeuse colombe s'élançait pour porter secours à ses persécuteurs.
Peu à peu la colombe s'accentua davantage, et le reître se sentit frôlé par elle. Ouvrant les yeux, il vit à ses côtés Christel, qui lui pressait la main pour l'éveiller.
En quelques mots la jeune femme lui conta les événements qui avaient suivi l'apposition des pierres rouges sur l'orifice de la crypte.
Obsédée par la pensée de la mort affreuse réservée à son agresseur, Christel avait pris dans la bibliothèque du château puis transféré jusqu'à sa chambre une réunion de vieux manuscrits émaillés de plans et d'indications concernant la construction fort ancienne du domaine des Skjelderup.
Elle espérait trouver dans ces documents le signalement révélateur de quelque passage clandestin, suffisamment praticable pour lui permettre d'arriver seule jusqu'au reître, en évitant les risques d'indiscrétion que lui eût fait courir toute aide étrangère.
De minutieuses recherches lui apportèrent la réalisation de ses désirs.