Ses cheveux touffus ondulaient doucement avec une tendance à monter, pendant qu'elle esquissait maintes poses plastiques, embellies et facilitées par l'extrême légèreté que lui donnait la pression liquide.
Peu à peu une riante griserie s'empara d'elle, due à une trop grande absorption d'oxygène. Puis, à la longue, une résonance vague s'exhala de sa chevelure, enflant ou diminuant selon que sa tête remuait plus ou moins. L'étrange musique prit bientôt plus de corps et d'intensité; chaque cheveu vibrait comme une corde instrumentale, et, au moindre mouvement de Faustine, l'ensemble, pareil à quelque harpe éolienne, engendrait, avec une infinie variété, de longues enfilades de sons. Les soyeux fils blonds, suivant leur longueur, émettaient des notes différentes, et le registre s'étendait sur plus de trois octaves.
Au bout d'une demi-heure, le maître, perché sur l'échelle double, aida Faustine, en l'agrippant d'une main par la nuque, à se hisser près de lui sur le haut du récipient afin de redescendre jusqu'au sol.
Canterel, qui avait assisté à toute la séance, examina la splendide crinière musicale et découvrit autour de chaque cheveu une sorte de fourreau aqueux excessivement mince, provenant d'un dépôt subtil occasionné par certains sels chimiques en dissolution dans l'aqua-micans. Violemment électrisée par la présence de ces imperceptibles enveloppes, la tignasse entière s'était mise à vibrer sous le frottement de l'eau brillante, qui—le maître l'avait constaté antérieurement—joignait une grande puissance acoustique à ses incomparables propriétés lumineuses.
Dès lors Canterel se demanda quel effet produirait un pareil phénomène sur une toison de chat, déjà si facilement électrisable par elle-même.
Il possédait un matou blanc du Siam nommé Khóng-dĕ̃k-lèn[2], remarquable par son intelligence; l'ayant fait quérir sur l'heure, il l'immergea dans le récipient.
[2] Mot siamois qui signifie joujou.
Khóng-dĕ̃k-lèn s'enfonça doucement en continuant à respirer de façon normale et, d'abord effrayé, s'habitua vite à la nouvelle ambiance. Il toucha le fond et se mit à errer curieusement.
Bientôt, se sentant plus léger que de coutume, il exécuta de grands sauts qui le divertirent fort; peu à peu il parvint, après s'être élevé brusquement, à ralentir sa chute par d'adroits mouvements de pattes, s'essayant ainsi dans l'art de la natation, qui parut appelé à lui devenir promptement familier.
L'électrisation de la toison s'accomplit selon l'attente, et les poils, un peu hérissés, commencèrent à vibrer; mais, courts et presque uniformes de longueur, ils ne donnèrent qu'un bourdonnement faible et confus. Par contre,—phénomène nouveau que la chevelure de Faustine n'avait pas connu,—le tégument se couvrit d'une phosphorescence crue et blanchâtre, assez intense pour poindre en plein jour et trancher violemment sur l'éclat déjà si vif de l'eau elle-même. D'éblouissantes flammes blafardes semblaient environner Khóng-dĕ̃k-lèn, sans le gêner ni troubler ses évolutions natatoires, désormais faciles et continuelles.