Constatant chez le chat l'inévitable éréthisme provoqué par l'intense oxygénation de l'eau, Canterel voulut arrêter l'expérience et, gagnant le haut de l'échelle, appela Khóng-dĕ̃k-lèn, qui nagea jusqu'à la surface. Il agrippa le félin en lui pinçant la peau derrière le cou et descendit pour le déposer sur le sol. Mais, pendant le court trajet, d'incessantes décharges électriques l'avaient ébranlé, dues au contact de sa main avec la fourrure blanche, dont chaque poil était ceint d'un mince fourreau aqueux transparent.
Encore endolori, Canterel conçut une idée soudaine, qui, directement issue de la violence même des commotions éprouvées, reposait sur un curieux fait familial.
Philibert Canterel, le propre trisaïeul du maître, avait grandi fraternellement auprès de Danton, né en même temps que lui dans la petite ville d'Arcis-sur-Aube. Plus tard, au cours de sa brillante carrière politique, Danton n'oublia jamais son ami d'enfance, qui, devenu financier, menait à Paris une vie active mais obscure, en évitant soigneusement la publicité dont il se sentait menacé en tant qu'alter ego du célèbre tribun.
Quand Danton fut condamné à mort, Philibert put pénétrer jusqu'à lui et reçut ses dernières volontés.
Ayant eu vent de certains propos tenus par ses ennemis, qui semblaient décidés à jeter ses restes à la fosse commune sans aucune indication apte à les faire jamais reconnaître, Danton supplia son camarade fidèle de tenter l'impossible pour s'approprier au moins sa tête en recueillant diverses complicités.
Aussitôt Philibert alla trouver Sanson pour lui exposer le vœu suprême du prisonnier.
Admirateur fanatique de l'illustre orateur, Sanson résolut de commettre, pour un pareil cas, une infraction à sa consigne et donna les instructions suivantes à Philibert, en le chargeant de les communiquer au condamné. Juste à l'instant fatal, Danton, par une sorte de bravade emphatiquement éloquente qui n'étonnerait personne de la part d'un tel improvisateur, prierait Sanson de montrer sa tête au peuple, en prenant pour prétexte ironique la laideur proverbiale de son facies. Après la chute du couperet, Sanson, obéissant aux injonctions du supplicié, prendrait dans le panier la tête sanglante et l'exposerait pendant une fraction de minute à l'avide regard de la foule. Au moment de la lâcher, d'un adroit coup de main il l'enverrait dans un second panier qui, toujours placé non loin du premier, contenait les linges destinés à essuyer le couteau ainsi que divers outils pour affûter la lame ou faire à l'appareil telle réparation urgente. Exprès les deux paniers seraient, ce jour-là, plus contigus encore que de coutume, et le subterfuge ne pourrait manquer de s'accomplir à l'insu de tous.
Heureux du résultat de sa mission, Philibert parvint de nouveau jusqu'à Danton et lui notifia les recommandations du bourreau.
Le tribun émit alors un souhait touchant: il voulait que, si le complot réussissait, sa tête fût embaumée—puis transmise de père en fils dans la famille de son ami en souvenir de l'héroïque dévouement qui n'allait pas sans être entouré de risques mortels. Philibert promit à Danton d'exaucer ponctuellement ses désirs et lui fit en pleurant de longs adieux, car l'exécution était imminente.
Le lendemain, avant de s'incliner sous le couperet, Danton, se conformant aux ordres reçus, dit à Sanson la célèbre phrase: «Tu montreras ma tête au peuple, elle en vaut la peine.» Quelques instants plus tard la lame accomplissait son œuvre, et Sanson extrayait la tête du panier pour la présenter à la foule frissonnante. Ensuite, en la lâchant de haut, il n'eut qu'à lui donner légèrement un certain élan oblique pour la faire tomber dans le panier aux outils, strictement adjacent à l'autre. Seul Philibert, placé au premier rang des curieux, s'était rendu compte de la fraude, en spectateur averti et attentif.