Il se livrait depuis peu à de multiples essais d'acclimatation, s'efforçant notamment d'habituer certains poissons de mer à vivre dans l'eau douce.
Une très lente dessalaison progressive du liquide natal, momentanément suspendue au moindre trouble organique remarqué chez les sujets en cause, constituait son seul procédé, qui pour réussir exigeait beaucoup de patience et de doigté.
Canterel avait d'abord triomphé avec un groupe d'hippocampes, dont l'adaptation était déjà complète. Trois sur dix avaient succombé au cours de la périlleuse accoutumance, mais désormais les sept survivants occupaient définitivement, sans malaise ni révolte, un bocal d'eau naturelle.
Le maître se proposa de les immerger dans le grand diamant, pour leur faire traîner une sphère qui, faite en sauternes solidifié, aurait, grâce aux feux que lui prêterait l'aqua-micans, l'apparence exacte d'un soleil en miniature; l'ensemble évoquerait ainsi une espèce de char d'Apollon aquatique.
Tout d'abord il plongea seuls, à titre d'essai, les hippocampes dans le récipient facetté, pour voir si quelque particularité de l'eau nouvelle n'était pas préjudiciable à leur nature.
Or, au bout d'un moment, les gracieux animaux, manifestant de grandes souffrances, cherchèrent à fuir de tous côtés l'aqua-micans.
Canterel comprit soudain la cause très simple de leur angoisse, tout en se reprochant de n'avoir pas prévu l'incident; convenant à la respiration d'êtres purement terrestres, le liquide spéculaire était forcément trop oxygéné pour des créatures aquatiques, et les hippocampes n'y couraient pas moins de dangers qu'à l'air libre.
Au moyen d'une pêchette, le maître se hâta de les réintégrer dans leur bocal.
Puis, cherchant quelque remède contre l'énorme inconvénient destructeur de tous ses projets, il voulut traverser chaque poitrail avec une sorte de séton, qui, en maintenant toujours deux ouvertures praticables, laisserait échapper l'excès d'oxygène formé dans l'organisme des chevaux marins.
D'abord tentée sur un seul hippocampe muni d'un séton provisoire, l'expérience eut le plus entier succès; des bulles légères se frayaient de force un passage par les deux orifices nouveaux dès qu'on plongeait dans l'aqua-micans l'animal opéré, qui, n'éprouvant aucune gêne, se mouvait paisiblement parmi l'étincellement des reflets. Dans l'eau ordinaire, les bords du double exutoire, cessant d'être expulsés par un trop-plein d'air intérieur, adhéraient complètement au séton, et, de chaque côté, la fermeture devenait hermétique.