Au mur du fond s'adossaient, à droite, une grande bibliothèque pleine, à gauche, une spacieuse étagère noire dont chaque tablette portait une rangée de têtes de morts. Sur une cheminée sans feu située entre ces deux meubles, un globe de verre abritait une tête de mort supplémentaire, coiffée d'une sorte de toque d'avocat taillée dans quelque vieux journal.

Dans le mur se trouvant à notre gauche, une large fenêtre faisait face à la porte qu'avait franchie l'aide. Installé à une grande table rectangulaire dont l'un des deux plus étroits côtés se collait entièrement à ce mur, un homme, tournant le dos de tout près à la paroi de verre, classait des paperasses.

Bientôt, comme lassé de cette occupation, il se leva, en mettant à sa bouche une cigarette prise dans un étui de cuir sorti un moment de sa poche.

En quelques pas il atteignit la cheminée, sur laquelle une boîte partiellement garnie de papier de verre offrait, tout ouverte, son contenu à son présent désir. Un moment après, voluptueusement environné de fumée, il éteignait, en l'agitant, une allumette que ses doigts projetèrent dans l'âtre.

Mais, au cours de ses derniers agissements, quelque particularité du crâne à curieuse coiffure avait, son attitude l'indiquait, frappé puis retenu son regard.

Sous l'empire d'un soudain intérêt, il souleva haut le globe de verre pour le reposer plus à droite et, s'emparant du macabre objet, dont ses mains ne dérangèrent pas la toque, revint vers la table,—non sans se révéler, en s'offrant à nous de face pour la première fois, comme ayant environ vingt-cinq ans.

L'homme et la femme du peuple qui se trouvaient mêlés à notre groupe—un gars avec sa mère, on le devinait de suite à la ressemblance et aux âges—l'observaient avidement à travers la paroi de verre.

Le fumeur, réinstallé à la table, nous tournait le dos de nouveau et regardait longuement le crâne, qu'il avait placé de face devant lui. Sur toute la portion visible du front squelettique, une sorte d'entre-croisement de fines raies, creusées légèrement dans l'os même avec quelque pointe de métal, imitait, comme avec une enfantine maladresse, les mailles d'un fragment de résille.

Canterel appela notre attention sur des lettres runiques de manuscrit, fac-similées sur certain bord vertical en papier faisant partie de la toque d'avocat, confectionnée, dit-il, avec des morceaux du Times. Puis il nous montra qu'une ressemblance existait entre elles et les réticulaires marques frontales, qui, on le découvrait en les examinant bien, constituaient toutes, sauf les dernières d'en bas, à droite, des runes de forme bizarre, inclinées de maintes façons et jointes les unes aux autres; deux mots du texte sans espaces créé ainsi par les pseudo-mailles étaient placés chacun entre des guillemets gravés de la même manière que le reste.

La chose qu'avait remarquée subitement tout à l'heure le jeune homme épié par nous n'était autre, évidemment, que le rapport mystérieux associant les signes du front et ceux du bord de la coiffure.