Maintenant il avisait sur la table une petite ardoise, pourvue d'un crayon à mine blanche, et s'en servait pour transcrire en lettres de notre alphabet le texte frontal, constamment effleuré par son index gauche, qui lui en désignait tour à tour chaque morceau.

Lorsqu'il eut fini, nous ne pûmes guère, de notre poste, distinguer sur l'ardoise que deux mots: «BIS» et «RECTO», qui, plus lisibles que les autres pour être exclusivement composés de majuscules, devaient correspondre, vu les places respectives qu'ils occupaient dans l'ensemble, aux deux termes que des guillemets signalaient dans l'original.

Se conformant à quelque injonction contenue dans les lignes qu'il avait écrites à l'instant, le jeune homme, traversant la pièce, prit dans la bibliothèque un important volume, dont le dos montrait, à la suite d'un titre fort long, ce sous-titre: «Tome XXIV—Roture».

Après être venu se rasseoir à la table, en face du crâne, que sa main recula pour faire du champ libre, il posa le livre devant lui et l'ouvrit à la première page, constituée par plusieurs alinéas bien distincts, imprimés sur du riche papier de couleur bise. Ensuite il se mit à compter les lettres d'un d'entre eux, en les touchant légèrement l'une après l'autre avec la pointe du crayon blanc. Parfois, arrivant à quelque nombre déterminé, il reproduisait sur le bas de l'ardoise la lettre touchée en dernier lieu—puis continuait l'opération, après s'être un instant, comme pour y puiser une indication nécessaire, désigné à lui-même, du bout fraîchement utilisé de son crayon blanc, tel point de la transcription du texte frontal.

On remarquait à l'endroit choisi par lui dans le livre, imprimés avec du caractère très gras qui les faisait trancher sur le reste de l'alinéa en jeu, d'une part ce fragment: «…cédille figurant un aspic…» et d'autre part celui-ci: «…évêque portant la subtunique…»

Quand le jeune homme eut terminé son nouveau travail, une série de lettres blanches, qui, ayant été moulées une à une, se montraient toutes fort nettes, composait, au bas de l'ardoise, ces trois mots: «Vedette en rubis», qui se suivaient sans que les deux espaces voulus existassent entre eux.

Sur la table, un écrin tout ouvert contenait un curieux objet d'art, un peu plus haut que large, qui n'était autre qu'un fac-similé d'affiche théâtrale, grand comme les cartes de visite du plus important modèle. Il consistait en une plaque d'or dans laquelle s'incrustaient d'innombrables petites pierres précieuses qui en garnissaient toute la surface. Des émeraudes claires formaient le fond, alors que le texte était fait d'émeraudes sombres. Douze noms de grosseurs variées, en caractères de saphirs, ressortaient chacun sur un partiel fond rectangulaire en diamants, dont les dimensions s'appropriaient aux siennes. Au-dessus d'eux flamboyait un nom fait de maints rubis, qui, se détachant sur une bande en diamants suffisamment spacieuse pour lui, les écrasait tous par sa taille prédominante. On lisait, avant d'atteindre le titre, qu'il s'agissait d'une centième.

Bientôt, l'objet d'art dans la main gauche, le jeune homme examinait avec minutie, à travers une loupe prise sur la table, la vedette en rubis.

Au bout d'un temps assez long, semblant avoir fait une remarque, il enfonça, par une pesée risquée avec l'ongle, un des innombrables rubis, qui se releva aussitôt lâché.

Ne conservant plus entre les doigts que l'objet d'art, il essaya, l'ongle appuyé de nouveau sur le rubis à ressort, diverses manœuvres,—dont une aboutit soudain au glissement, vers la droite, de la surface aux pierreries, mince couvercle à coulisses qui laissa voir, dans l'intérieur de la plaque, très évidée, quelques feuilles de papier presque impalpables formant une liasse pliée en quatre.