Interrogé, Canterel nous renseigna sur cette trilogie plastique.

Sept ans environ avant l'heure actuelle, ayant appris qu'une société se formait en vue de mettre au jour la ville bretonne de Gloannic, détruite et ensablée au XVe siècle par un formidable cyclone, le maître, sans nul esprit de lucre, avait souscrit de nombreuses actions, dans le seul but d'encourager une grandiose entreprise, apte à donner selon lui de passionnants résultats.

Par la voix de leurs représentants, les plus grands musées des deux mondes s'étaient bientôt disputé maintes choses précieuses, qui, dues à des fouilles habiles faites en bonne place, venaient sans retard subir à Paris le feu des enchères publiques.

Canterel, présent à chaque nouvel arrivage d'antiquités, s'était soudain rappelé un soir, à la vue de trois hauts reliefs peints ornant de face la base d'une grande niche vide récemment déterrée, cette légende armoricaine contenue dans le Cycle d'Arthur.


Au temps jadis, dans Gloannic, sa capitale, Kourmelen, roi de Kerlagouëzo,—contrée sauvage marquant l'extrême pointe occidentale de la France,—sentit, jeune encore, décliner rapidement sa santé dès longtemps précaire.

Kourmelen, depuis un lustre, était veuf de la reine Pléveneuc, morte en donnant le jour à son premier enfant, la petite princesse Hello.

Ayant plusieurs frères envieux qui briguaient le trône, Kourmelen, tendre père, songeait avec effroi qu'après son trépas, sans doute prochain, Hello, appelée par la loi du pays à lui succéder sans partage, serait, vu son jeune âge, en butte à maintes conspirations.

Dépourvue de joyaux, mais rachetant son défaut de luxe par une extrême ancienneté, la lourde couronne d'or de Kourmelen, ayant, sous le nom de la Massive, ceint de temps immémorial chaque front souverain de Kerlagouëzo, était devenue, à la longue, l'essence même de la royauté absolue, et privé d'elle nul prince n'eût pu régner un seul jour. Par suite d'un ardent fétichisme, apte à prévaloir contre toute légitimité, le peuple eût reconnu pour maître tel prétendant assez adroit pour s'emparer de l'objet, prudemment enfermé en un lieu sûr muni de sentinelles.