Un ancêtre de Kourmelen, Jouël le Grand, avait, en des âges lointains, fondé le royaume de Kerlagouëzo ainsi que sa capitale et porté le premier la Massive, fabriquée sur son ordre.
Mort presque centenaire après un règne glorieux, Jouël, divinisé par la légende, s'était changé en astre du ciel et continuait à veiller sur son peuple. Dans le pays, chacun savait le voir au milieu des constellations pour lui adresser vœux et prières.
Confiant en la surnaturelle puissance de son illustre aïeul, Kourmelen, miné par ses angoisses, l'adjura de lui envoyer en songe quelque salutaire inspiration. Pour ôter à ses frères jusqu'au moindre espoir de succès, il avait longuement songé à sceller hors de leurs atteintes, dans telle mystérieuse cachette, la couronne révérée, indispensable à toute intronisation. Mais il fallait qu'une fois en âge de défier ses ennemis Hello, pour se faire proclamer reine, pût retrouver l'antique cercle d'or,—et la prudence défendait de lui indiquer le repaire choisi, tant la force ou la ruse arrachent facilement un secret à l'enfance. Obligé de prendre un confident, le roi hésitait, ému par la gravité du cas.
Jouël entendit la prière de son descendant et le visita en rêve pour lui dicter une sage conduite.
Dès lors Kourmelen n'agit plus qu'en suivant les instructions reçues.
Faisant fondre sa couronne il obtint un lingot de banale forme oblongue et se rendit au Morne-Vert, montagne enchantée qu'avait illustrée autrefois un studieux voyage de Jouël.
Vers la fin de sa vie, parcourant son royaume avec sollicitude pour contrôler le bien-être populaire et l'honnêteté de ses gouverneurs, Jouël avait campé un soir dans une région solitaire entièrement nouvelle pour ses yeux.
On avait dressé la tente royale au pied du Morne-Vert, mont chaotique, surprenant par sa nuance glauque et ses reflets de marbre finement veiné. Jouël, intrigué, en tenta l'ascension pendant que le repos s'organisait, frappant sans cesse avec un pieu ferré, comme pour en reconnaître la nature, le sol partout résistant. Certain coup l'étonna en provoquant une vague résonance souterraine. Arrêté, il heurta fortement divers points de l'emplacement suspect et perçut un écho sourd, qui, se propageant dans les flancs de la montagne, dénotait la présence d'une importante caverne.
Sentant là un abri enviable pour la nuit, qui s'annonçait froide, Jouël, sans gravir davantage, fit chercher par ses gens quelque faille donnant accès dans l'antre imprévu.
Contrarié par l'échec de toute investigation, le roi, songeant à l'existence possible d'une ouverture ensablée, ordonna de déblayer, au-dessous de l'endroit sonore, la montagne dont un fin gravier envahissait la base.