—Nous voulons que vous alliez à la recherche de tous les individus de votre tribu, afin de recueillir la dîme de chacun d'entre eux, et que vous nous indiquiez un endroit où nous viendrons recevoir cet argent de vos mains.

—Cela m'est impossible. Les Fazâra se trouvent dispersés sur une grande étendue du Désert; je ne suis plus jeune, moi, tant s'en faut; je ne pourrais donc entreprendre une si longue course, et je n'ai auprès de moi qu'un seul de mes fils. Vous qui venez de si loin et qui devez être habitués aux longs voyages, vous trouverez mes contribules bien plus facilement que moi; chaque jour vous arriverez à un de leurs campements, car ils s'arrêtent partout où ils trouvent de bons pâturages.

—Oui, nous connaissons cela. Ce n'est pas pour chercher des pâturages qu'ils se sont dispersés dans le Désert, c'est pour se soustraire au paiement de la dîme. Ce sont des rebelles.

—Je puis vous jurer que ce sont des sujets fidèles; c'est seulement pour chercher des pâturages....

—Brisons là-dessus et faites ce que nous vous disons.

—Je ne le puis pas. Voici la dîme que je dois au calife, prenez-la!

—Votre obéissance n'est point sincère, car voilà votre fils qui, du haut de son cheval, nous jette des regards dédaigneux.

—Vous n'avez rien à craindre de mon fils; prenez ma dîme et allez-vous-en, si vous êtes véritablement des dîmeurs.

—Votre conduite ne montre que trop que l'on disait vrai quand on nous assurait que vous et vos contribules vous avez combattu pour Ibn-Zobair.

—Nous n'avons pas fait cela. Nous lui avons bien payé la dîme, mais c'est que nous autres Bédouins, étrangers à la politique, nous la payons à celui qui est le maître du pays.