Salut à nos alliés, salut aux Adî, aux Mâzin, aux Chamkh[226], salut surtout à Abou-Wahb[227], mon fidèle ami! On peut me condamner à la mort maintenant que j'ai étanché la soif du sang des Kelbites qui me dévorait. J'ai goûté le bonheur, j'ai massacré tous ceux qui se trouvaient sous mon glaive; à présent qu'ils ont cessé de vivre, mon cœur jouit d'un doux repos.
Afin de lui rendre insolence pour insolence, le calife, en lui adressant la parole, estropia à dessein son nom, comme si ce nom eût été trop obscur pour mériter l'honneur d'être prononcé régulièrement. Au lieu de Halhala, il l'appela Halhal; mais l'autre, l'interrompant aussitôt:
—C'est Halhala que je m'appelle, dit-il.
—Mais non, c'est Halhal.
—Du tout, c'est Halhala; c'est ainsi que m'appelait mon père et il me semble qu'il était plus à même que qui que ce soit de savoir mon nom.
—Eh bien, Halhala—puisque Halhala il y a—tu as outragé ceux que j'avais pris sous ma protection, moi, le commandeur des croyants; tu as méprisé mes ordres, et tu m'as volé mon argent.
—Je n'ai fait rien de semblable: j'ai accompli mon vœu, contenté ma haine et assouvi ma vengeance.
—Et à présent Dieu te livre à la main vengeresse de la justice.
—Je ne suis coupable d'aucun crime, fils de Zarcâ! (C'était une injure que d'appeler Abdalmélic par ce nom qu'il devait à une aïeule de scandaleuse mémoire[228].)
Le calife le livra au Kelbite Soair, qui avait à venger sur lui le sang de son père tué à Banât-Cain.