VI.

Dans une des premières années du règne de Hacam II, cinq étudiants dînaient dans un jardin aux environs de Cordoue. Au dessert il régnait une grande gaîté parmi les convives; un seul, cependant, était silencieux et rêveur. Ce jeune homme était grand et bien fait; l’expression de sa physionomie était noble, fière, presque hautaine, et son attitude annonçait un homme né pour le pouvoir[186].

Sortant enfin de sa rêverie, il s’écria tout à coup:

—N’en doutez pas, un jour je serai le maître de ce pays!

Ses amis se mirent à rire de cette exclamation; mais sans se déconcerter:

—Que chacun de vous, poursuivit le jeune homme, me dise quel poste il désire; je le lui donnerai quand je régnerai.

—Eh bien! dit alors un des étudiants, je trouve ces beignets délicieux, et puisque cela vous est égal, j’aimerais d’être nommé inspecteur du marché; alors j’aurai toujours des beignets à foison et sans qu’il m’en coûte rien.

—Moi, dit un autre, je suis très-friand de ces figues qui viennent de Malaga, mon pays natal. Nommez-moi donc cadi de cette province.

—La vue de tous ces superbes jardins me plaît extrêmement, dit le troisième; je voudrais donc être nommé préfet de la capitale.

Mais le quatrième gardait le silence, indigné des pensées présomptueuses de son condisciple.