—A votre tour, lui dit ce dernier; demandez ce que vous voudrez.

Celui auquel il venait d’adresser la parole se leva alors, et, lui tirant la barbe:

—Lorsque tu gouverneras l’Espagne, dit-il, misérable fanfaron que tu es, ordonne alors qu’après m’avoir frotté avec du miel, afin que les mouches et les abeilles viennent me piquer, on me place à rebours sur un âne, et qu’on me promène à travers les rues de Cordoue.

L’autre lui lança un regard furieux; mais, tâchant de maîtriser sa colère:

—C’est bien, dit-il, chacun de vous sera traité selon ses souhaits. Un jour je me souviendrai de tout ce que vous avez dit[187].

Le dîner fini, on se sépara, et l’étudiant aux pensées bizarres et extravagantes retourna vers la maison d’un de ses parents du côté de sa mère, où il logeait. Son hôte le conduisit à sa petite chambre qui se trouvait au dernier étage, et tâcha de lier conversation avec lui; mais le jeune homme, absorbé par ses réflexions, ne lui répondit que par des monosyllabes. Voyant qu’il n’y avait pas moyen de rien tirer de lui, l’autre le quitta en lui souhaitant une bonne nuit. Le lendemain matin, ne le voyant pas paraître au déjeuner et croyant qu’il dormait encore, il remonta vers sa chambre pour le réveiller; mais à sa grande surprise il trouva le lit intact et l’étudiant assis sur le sofa, la tête penchée sur la poitrine.

—Il paraît que tu ne t’es pas couché cette nuit, lui dit-il.

—Non, c’est vrai, lui répondit l’étudiant.

—Et pourquoi as-tu veillé?

—J’avais une pensée étrange.