Le paysan, quoiqu’il ne devinât nullement le motif de ces ordres singuliers, s’empressa d’y obéir. Il partit donc de Séville, et arrivé près de Carmona, il se mit à fagoter; mais comme il n’en avait pas l’habitude et qu’il y a fagots et fagots selon le proverbe, il entra dans la ville avec un faisceau de branchages bien maigre, bien chétif, et alla se placer sur le marché.

—Combien coûte-t-il, ce fagot? lui demanda un passant.

—Cinq dirhems, sans en rien rabattre; c’est à prendre ou à laisser, lui répondit le paysan.

L’autre lui rit au nez.

—Bon Dieu! dit-il, c’est donc sans doute de l’ébène que tu as là?

—Mais non, dit un autre, c’est du bambou.

Et chacun de lancer son petit bon-mot au paysan et de le railler.

Déjà le jour baissait, lorsqu’un homme qui n’était autre que l’espion de Motadhid, s’approcha du paysan, et lui ayant demandé le prix de son fagot, il l’acheta; après quoi il lui dit:

—Prends ce bois sur tes épaules et porte-le à ma demeure. Je vais te montrer le chemin.

Quand ils furent arrivés à la maison, le paysan déposa sa charge, et ayant reçu ses cinq dirhems, il voulut s’en aller.