C'était un paysage de printemps, jeune, pas fini, un paysage d'aube attardée et de lueurs attendues, — des cieux pâlement fleuris, l'envers d'une soie brochée, une broderie de feuillages en enfance sur du tulle mauve…

Il y eut un arrêt, avant l'exaltation certaine des lueurs attendues. Quelque chose de clarifiant allait surgir dans une bénédiction prochaine. L'Étoile mystique accouchait du Soleil d'Amour…

Elle referma sa fenêtre, disant :

« Et moi, j'attends Celui qui ne viendra jamais. »

LES JOIES PRIMITIVES

Que me veux-tu, ombre des Joies primitives, et pourquoi reviens-tu m'obséder tous les ans, à la même heure, à la dernière?

… Parfums des résédas épars et des tilleuls, charme des ancolies en deuil, franges des végélias! Fraîcheur des ruisseaux clairs sous les aunes jaloux, menthes où s'est tapie l'angélique grenouille aux yeux doux!…

— Tout cela, dit l'Ombre, c'est pour te rappeler aussi l'odeur des ciguës, des suprêmes ciguës coupées dans la verdeur matinale, c'est pour te rappeler la ciguë et son odeur exceptionnelle, et criminelle.

CHAMBRE DE PRESBYTÈRE

C'était, sous les pommiers amaigris, la languide rousseur d'un gazon mort, enfin décoloré par les gelées : la neige avait fondu qui, la veille encore, jetait sur cette désolation la fadeur naïve de son suaire sentimental. L'hiver grelottait tout nu, et parmi la noire dentelle des arbres en coupelle, un ciel bourbeux dormait, tel que l'eau des mares aux carrefours des chemins creux.