— Eh bien, promettez-moi de ne plus lui faire de chagrin.
— Je ne lui ferai pas de chagrin volontairement.
— Bien, mais promettez-moi davantage, promettez-moi…
Elle sembla oppressée, et sa voix devint si basse que, pour la percevoir, le garde du corps dut se pencher vers la princesse, jusqu'à presque effleurer ses cheveux. Cet homme, quoique habitué à toutes les dissimulations du courtisan, souffrait affreusement. Aimer la princesse de loin, cela lui avait paru un doux supplice, en comparaison de la torture que lui faisait, en ce moment, subir le désir. Avec toute autre femme, ou il fût tombé à genoux, ou il eût pris la fuite ; avec la princesse, il fallait rester, se taire et maintenir l'attitude d'un soldat qui reçoit des ordres.
— Promettez-moi, reprit la princesse, d'être bon pour elle, d'être très bon, de l'aimer encore…
Le garde du corps resta muet.
— Vous le promettez?
Il se taisait toujours.
— Cela n'est donc plus possible? Tout est donc fini entre vous? Vous avez une faute grave à lui reprocher?
— Je n'ai rien à lui reprocher, je ne l'aime plus, voilà tout.