L'amour, la curiosité, l'inquiétude l'emportèrent sur l'ambition. Il alla se parer, se parfumer et courut à l'audience, en se disant : « C'est peut-être un rendez-vous. »

La princesse, au lieu de se faire attendre, attendait, et non sans impatience. Elle était plus jolie, étant plus pâle, avec des yeux brillants. Sa figure avait la douceur d'une hampe de lilas blanc cachés sous les feuilles, mais les feuilles étaient blondes : sa coiffure, défaite avec beaucoup d'art, laissait pendre jusqu'à ses épaules quelques boucles de cheveux.

— Approchez-vous, dit-elle d'une voix dolente, approchez. Mettez-vous ici, près de moi. Je suis souffrante et ne puis parler que très bas. Et puis, c'est l'amie, l'amie de votre femme qui vous reçoit, et non la princesse. Voici donc : je me suis aperçue que vous n'aimiez plus Elisabeth et cela me fait de la peine. Est-ce bien vrai que vous ne l'aimez plus?

— Hélas!

— Et le sentiment de votre devoir, de votre honneur?

— Mon honneur?

— Oui, vous lui avez juré, outre la fidélité conjugale, une tendresse éternelle…

— Elle l'a cru… je l'ai cru peut-être aussi…

— C'est mal de la délaisser, de la tourmenter… Elle pleure en ce moment, j'en suis sûre…

— Je ne suis pas méchant pour elle.