Presque tous ceux qu'on va lire furent écrits d'une haleine, sauf les retouches et les agrandissements de morceaux trop grêles, les coupures. Aussi, il vient, certaines fois, un moment où la respiration manque. On remet au lendemain, et c'est dommage, parce que les songes troublent les journées.

Je ne dis pas tout cela pour instruire d'une méthode le public qui se soucie peu des méthodes. Le jet de ces notes coula un soir en quelques instants sur un papier de hasard.

Je l'ai clarifié, pour mon plaisir d'abord, ensuite pour essayer de résoudre un problème. Croyez-vous que ce poète qui se répand maintenant en romans, en feuilletons même, en toutes les menues besognes d'un homme de lettres, le croyez-vous vraiment infidèle à sa muse première? Oui, sans doute, souvent. Pas toujours. Tant que le rythme chante en lui, il est fidèle. La déchéance ne commence qu'au jour où l'harmonie de la phrase est toute sacrifiée à la raison, à ce que les hommes sans au-delà dans l'esprit appellent la vérité. Le vrai poète et le vrai savant savent toujours, comme Gœthe, concilier Poésie et Réalité, et d'autant plus facilement que Poésie est fille de Réalité. J'ai vu M. Quinton admirer que Pasteur eût écrit une tragédie. Sans doute, elle était très mauvaise (pas plus que celles où excelle la régence de M. Claretie), mais cet exercice témoigne d'un sens originaire du rythme. Ses belles expériences furent, dans la suite, rythmées comme les poèmes, comme les marbres de ses compatriotes Hugo, Rude, Clésinger. Le Satyre qui gravit la montagne des mystères, la Bacchante au Thyrse, qui se jette à la volupté, le jeu des cornues qui prouvent que la vie ne sort que de la vie, ce sont des gestes de génie animés d'un même rythme. On aime que Descartes ait composé un ballet pour plaire à la grande Christine ; on aime que Montesquieu ait rythmé les jeux de sa jeune imagination, que Pascal ait composé une symphonie sur les Passions de l'amour, que Nietzsche ait fait résonner dans les forêts le rire surhumain de Zarathoustra, que Flaubert ait rythmé comme des vers homériques les paroles quotidiennes de la Bêtise dont il fut l'Hercule.

Le rythme donne de la beauté à la pauvre ballerine qui ne semble drapée que de sa chemise. Qu'il en donne un peu à ces femmes qui, en leurs rapides aventures, dansent trop follement peut-être, chacune dans un des rayons de la lumière décomposée par le prisme naïf de leur désir.

R. G.

30 juillet 1908.

COULEURS

JAUNE

Que c'est beau, le jaune!

VAN GOGH.

C'était entendu.