Cum vere rubenti candida venit avis.
VIRGILE.
Elle revenait déjà, les bras tendus par les seaux de lait ; ses sabots étaient mouillés de rosée, et le bas de son jupon lui faisait froid. Quand le soleil fut visible, rouge dans la brume du matin, elle songea :
« La journée va être belle. »
Elle songea cela longtemps, évitant les cailloux du sentier, pour ne pas répandre son lait, et les hautes herbes penchées et pleurantes, car ses jambes nues avaient vraiment froid.
« La journée va être belle. »
Elle allait toujours, traversant maintenant un champ d'ajoncs, où la sente, plus large, s'allongeait toute droite, faite exprès par les gens de la ferme. La brume avait disparu, enchantée par le soleil, remontée là-haut, sans doute, d'où elle retomberait doucement, rosée sereine, manteau de fraîcheur que les étoiles jettent fraternellement sur les épaules de la terre altérée.
Elle songea encore :
« Il va faire très chaud. »
Puis une tige de sarrasin, perdue là par un oiseau, lui suggéra :
« Le sarrasin sera bon à battre. »