Cette idée lui fit plaisir, ensuite la tourmenta, car la saison avait été mouillée, et si le sarrasin était bon à battre, sûrement on le battrait. Alors il fallait rentrer vite, vite passer le lait, donner à manger aux poules, et bien des choses, tant de choses qu'elle en eut un serrement de cœur.

Comme elle marchait trop vite, une goutte de lait sauta du seau et tomba sur son sabot. Elle s'arrêta, posa les seaux, contente de se reposer un peu, bien qu'elle en eût des remords, levant tout haut, pour les défatiguer, ses beaux bras roses, dorés aussi par le feu du soleil.

Soudain, elle sursauta, devenant presque pâle, portant la main à sa poitrine. Elle n'avait pas eu peur. Elle avait seulement été surprise par le premier coup de fusil de l'année.

Au même instant, elle vit un flocon de fumée ; une plume vola près d'elle ; une perdrix blessée tomba au milieu des ajoncs.

— Allons, Tom! disait une voix. Cherche! Apporte.

Le chien sautait le long du sentier, allait, revenait, affairé, inquiet, mais bien décidé à ne pas pénétrer dans la forêt dangereuse. Comme la voix, plus impérieuse, plus colère, plus rapprochée aussi, répétait le commandement, Tom, la queue basse, vint se réfugier dans les jupes de la jeune fille, qui se baissa pour le caresser, pour l'encourager.

— Ne le caressez pas, battez-le! cria la voix.

C'était celle d'un jeune homme qui se montrait maintenant, debout dans la haie, parmi les branches.

La servante se redressa, regarda, rougit. Elle n'avait pas reconnu, à la voix, si c'était le père ou le fils. Elle croyait que c'était le père ; elle le désirait, parce que le mépris du grand jeune homme, qui ne lui avait jamais adressé la parole, lui était très pénible.

Elle rougit et se troubla, mais sans pouvoir baisser les yeux. Elle admirait, elle se sentait prête à tomber à genoux.