— Puis-je le défendre?

— Merci, mais vous, m'aimerez-vous?

— Moi, moi?… Je vous aurais aimé, peut-être, si vous m'aviez fait condamner par jalousie pour me séparer d'un amant…

— Mais je savais que vous n'aviez plus d'amant. Les juges d'instruction savent beaucoup de choses.

— Il est mort, et sa mort m'a appris qu'il me trompait… Laissez-moi, laissez-moi seule…

— J'irai vous voir, vous me raconterez la fin de l'histoire. Mais ici, continua-t-il à voix basse, pas un mot de plus. Vous recevrez demain l'adresse de la maison où l'on vous attend.

Le juge posséda le sourire de ces yeux qui l'avaient envoûté, et le corps blanc et pur de Catherine avec ses fleurs rouges et ses ombres rousses. Elle fut une maîtresse agréable, mais si rêveuse, parfois, qu'elle semblait devenue la statue du rêve. Réveillée, elle prenait la main qui lui avait touché l'épaule et la baisait.

Il ne fut plus jamais question entre eux de la fin de l'histoire. Le juge la connaissait ; il savait que le poison avait été versé : il savait que le crime avait été commandé par le mot qu'il ne fallait pas dire.

Un jour, il demanda à boire.

— Jamais, dit Catherine, vous ne boirez, jamais vous ne mangerez ici. Jamais.