C'était un chemin creux abandonné qui menait à une ancienne carrière ; elle allait vite, évitant les ronces, frôlant les genêts, les chèvrefeuilles, les digitales qui s'enchevêtraient follement dans ce trou sombre de sable et de pierres, que les branches des hêtres, des frênes et des chênes protégeaient de leur manteau épais et vert.
Arrêtée par une ronce qui agrippait ses jambes, il la joignit, s'agenouilla, vainquit la ronce, enserra les jambes. Mais elle ne voulut pas tomber encore. Elle se raidit ; elle lui tournait le dos. Il se redressa ; ses mains montèrent aux seins qu'elles pressaient ; il baisait la nuque ; il mordit une oreille.
Alors, elle tourna la tête ; ses yeux étaient sérieux ; elle cessa de se débattre. Appuyée au bras qui entourait sa taille, elle livrait sa bouche aux baisers, son corps aux caresses.
Ils tombèrent doucement.
Assis maintenant l'un près de l'autre, ils se regardaient du coin de l'œil, occupés à des gestes analogues. Elle arrangeait ses cheveux, il refaisait le nœud de sa cravate.
Elle souriait.
Il songeait.
Cette bonne fortune l'enchantait. Il en avait rencontré peu d'aussi agréables dans sa carrière de chasseur équivoque. « Mais que les femmes sont difficiles à émouvoir! les transports de cette amoureuse ont été bien faibles. Elle semblait plus honteuse que tendre, ou plus décidée qu'abandonnée, je ne sais. »
Lui cependant avait été très heureux, et de quelle douce paix il jouissait! Quel charme dans ce corps jeune, dans ces contours qui ont leur forme première, dans ces organes naïfs! « Elle est lisse comme un tronc de hêtre et sa chair a cédé avec tant d'orgueil, mais tant de simplicité aussi! Comme c'est simple, l'amour! »
Il regarda la jeune fille, cherchant des mots à lui dire, mais il n'avait pas l'habitude de la parole, ni surtout de la parole tendre.