— Si tu as voulu me déplaire, tu as réussi. Mais, dis-moi, je te croyais indifférente à tout, je croyais que rien ne pouvait te remuer le cœur, et voilà que tu t'es levée à cinq heures du matin…

— Et toi?

— Moi? C'est parce que je suis amoureux.

— Pas moi.

— … et que tu t'es travestie en bohémienne et que tu cours le jardin pour secouer tes idées… Assieds-toi près de moi, Paule, viens… C'est bien du zinzolin… Quelle idée! Mais tu n'as pas été aussi maladroite que tu croyais et moi je suis moins bête que tu ne penses…

— Alors? dit-elle, avec une froideur très mal simulée.

— Alors, je suis comme toi, je ne sais que dire. Je voudrais blaguer, et ça ne sort pas… Paule, Paule, sais-tu pourquoi nous nous sommes levés tous les deux avec l'aurore? dis, le sais-tu?… Donne-moi ta main, Paule.

Elle laissa prendre sa main, elle laissa le bras d'Alain entourer sa taille, elle permit qu'il la pressât contre sa poitrine. Les arbres, les fleurs, le ciel et la terre, tout se mêlait et tournait. Elle ferma les yeux et sa tête se pencha.

— Dis, le sais-tu? continuait Alain. Eh bien, nous nous cherchions et nous nous sommes trouvés.

Elle fut la tendre maîtresse d'Alain, pendant toutes les vacances et bien longtemps après, chaque fois qu'il revenait à la maison.