Alain lui disait un jour :

— Il faudrait nous marier, mais comment faire? Un homme peut-il se marier à dix-huit ans? Attendons.

— Ne parlons pas de cela, répondit Paule. Je t'appartiens, tu feras de moi ce que tu voudras.

Ainsi elle conciliait son bonheur et l'amour de la souffrance. Elle fut très heureuse pendant plusieurs années.

ROSE

… et les roses trop hautes.

H. DE RÉGNIER.

C'était un enfant. Il n'était plus habillé en garçonnet, mais il ne l'était pas encore en homme. Sa figure était lisse, ses cheveux bouclés ; on le voyait grandir ; il jouait aux billes, à la saison, et raillait les filles toute l'année.

Mais il ne raillait pas Christiane, cependant, parce que Christiane avait dix ans de plus que lui, parce qu'elle paraissait une dame, comme sa mère, une dame plus jeune et sans mari. Il l'aimait, au contraire, parce qu'elle était bonne, câline et rieuse. La vie est une chose qui doit rire, pensent les petits garçons, et quand on ne rit pas, c'est qu'on ne vit pas.

Toutes les amies de Christiane étaient mariées ici et là. Elle allait les voir, espérant, ici ou là, trouver un mari, à son tour, mais elle n'avait guère de dot, et c'était difficile. Elle venait souvent chez la mère du petit garçon, parce que leurs maisons étaient voisines et aussi parce que le père du petit garçon, qui collectionnait des estampes, recevait fréquemment la visite de riches amateurs, auxquels il se plaisait à montrer son cabinet. Qui sait? C'était son mot. Elle le répétait à tout moment, avec confiance dans l'avenir. Christiane avait vingt-cinq ans.

L'été, les amies de Christiane se réunissaient sur une petite plage bretonne et celle qui avait trouvé la maison la plus large recevait Christiane, dont les parents, vieux et débiles, aimaient à ne pas remuer. Cela faisait l'assemblage le plus gai d'enfances et de jeunesses. Là, le petit garçon devenait encore plus amphibie. Il ne savait plus auquel de ses instincts obéir. Aller dresser contre la mer montante des forteresses de galets, c'était bien tentant ; de rester à lire près des jeunes femmes qui cousaient et de Christiane qui brodait, c'était bien tentant aussi. Alors il se partageait et quand il croyait avoir assez fait le jeune homme sérieux, il courait vers les tout petits, patauger avec joie dans le sable mouillé d'écume.