Et elle avait voulu absolument travailler comme tous les jours à sa broderie, pour n'avoir pas l'air de s'émouvoir :
« Allons-nous avoir l'air de gens qui ne reçoivent jamais personne? »
Et tout en tirant l'aiguille, elle répétait en elle-même :
« Est-ce que mon heure est venue, enfin, l'heure définitive? »
On parlait des grandes manœuvres, du pays, de sa fraîcheur, de l'herbe, des arbres. L'officier esquissait des tableaux champêtres, vantait le charme de la petite rivière sous les saules, déplorait d'avoir été obligé de laisser piétiner un coin de pré vert tout fleuri de boutons d'or.
Berthe, étonnée, le regardait, déçue de tant de douceur, lorsqu'il accentua son admiration en claquant son genou et en proférant :
— N. d. D.! le joli coin de terre! Il y avait une grande fille qui continuait de battre son linge et de temps en temps se levait pour en étaler une pièce sur un têtard. Boufre! si j'avais été seul!
Berthe, redevenue heureuse, songea :
« S'il avait été seul avec elle, il serait arrivé des choses terribles, c'est évident. Oh! si je pouvais être seule avec lui? »
Comme l'officier louait le jardin, qu'il avait entrevu en entrant, Berthe parla pour la première fois :