Il alla vers le mystère et il y arriva comme il fallait pour recevoir Berthe dans ses bras.
— Ma chambre est là, expliqua-t-elle, après avoir accepté et rendu le baiser d'accueil. Tout simplement un double placard, dont j'ai pu rendre mobile la cloison intérieure. Que de fois, depuis trois ans, je suis venue voir si tu étais là! Personne, toujours personne! Mais enfin te voilà. M'aimeras-tu au moins?
Voyant que ces paroles étonnaient son amant, elle reprit :
— Celui qui vient est celui qu'on attendait. Tu es venu et je suis à toi.
Marchant tout bas, parlant tout bas, ils arrivèrent au bord du lit et s'y assirent. En la serrant contre lui, le capitaine sentait, sous la légère robe la beauté corporelle de la jeune fille. Il fut très ému, mais il eut le courage de dire :
— Non, tu es une folle enfant et je n'abuserai pas de toi. Si tu veux m'aimer, nous avons la vie. Vous disiez, imprudente et innocente : « Nous avons la nuit. » Moi je dis : « Nous avons la vie. »
Elle laissa tomber sa tête sur la poitrine de l'officier, en serrant très fort le bras qu'elle lui avait passé autour du cou. Puis elle la redressa, sa tête rousse, aux yeux d'or ardents et fous, trouva les lèvres qu'elle mordit, et se renversa, entraînant sur elle l'homme, qui entra.
« Aurions-nous, dit-elle plus tard, en se pelotonnant dans le giron de son amant, aurions-nous jamais retrouvé un instant pareil? »
Deux mois plus tard, la chambre orange fut la chambre de noce.
Ils furent très heureux et parlèrent bien souvent de leur aventure, mais Berthe, je pense, n'avoua jamais à son mari qu'il était le troisième capitaine pour qui elle avait percé les murailles.