« Minuit, c'est fait, je puis rentrer. »

Tel qu'un peu ivre, il marchait, les jambes lourdes, et des battements de cœur si drus que le sang vers ses tempes rebondissait et bouillonnait.

« C'est fait, j'en suis sûr. Je les ai séparément prévenus : « Dîner de fondation et refus inadmissible. » J'ai prévenu ma femme : « Ma toute bien-aimée, à minuit je serai rentré, — sans faute. »

Il remontait le boulevard Malesherbes.

— « C'est fait. Ah! il le fallait. Elle était si laide! Dix-huit mois de mariage ne m'ont pas habitué à ce nez court, à ces yeux ternes, à ces cheveux durs, à ce teint de métisse, et la taille pas fine, et la gorge, heu! et le reste, vulgaire!

« Il le fallait. J'en avais honte. Ah! mon cher Paul, tu l'as rédimée et tu m'as sauvé, mon cher, si cher ami! Quel autre que toi eût agi avec un désintéressement aussi rare, — quoique inconscient? Ah! demain, comme je t'écraserai les mains dans mes mains réjouies! Oui, je t'embrasserai.

« Il le fallait. Alors, j'ai commencé de les laisser seuls, après avoir excité Paul par de petites tendresses pour ma femme adorée : Je baisais Juliette dans le cou, un peu longuement, puis ceci, puis ça, et je sais. Une brève course : « Faites donc un peu de musique. »

« Il le fallait. Je sortais, je rentrais en faisant du bruit, et dans le silence du petit salon, un subit accord… « Eh bien, on ne s'est pas trop ennuyé? » Elle, presque câline et moins laide déjà : « Non, Paul est si gentil, mais tu abuses de lui! »

« C'est fait. Juliette a un amant. Donc, elle n'est pas si affreuse qu'elle en a l'air. C'est fait. Ah! je n'en suis pas fâché! Tout le temps je me disais, ce soir : « Il la dévêt, elle sourit, sérieuse un peu, tout de même, il pose ses lèvres, ici et là, il la prend en ses bras, il la couche, il vient, etc. » Ça fut une pénible soirée. C'est fait. »

Les capricantes aiguilles de Popp, les Popp disaient minuit, — et plus : minuit passé, les yeux suraigus des femmes blêmes.