— Oui, vous êtes vraiment un bon professeur, monsieur Pappe, vous m’enseignez des choses qui ne sont écrites ni dans les livres ni sur les papyrus, ni sur les métaux, ni sur les marbres. Vous avez donc vu des sirènes jouant du violon?
— J’ai vu cela, répondit Lionel Pappe, et, quoique ridicule, je l’ai jugé inquiétant.
— Parce que ce n’est pas archéologique?
— En effet, parce que ce n’est pas archéologique.
— Je suppose, reprit la grande écolière aux yeux clairs, que vous n’avez pas peur des sirènes?
— Pourquoi aurais-je peur des sirènes?
— Parce que ce sont des femmes.
— Et vous croyez, mon enfant, que j’ai peur des femmes?
— Vous devez avoir peur de ce qui est illogique, et les femmes sont illogiques — comme vos sirènes. Elles jouent du violon mal à propos ; pour les hommes graves et archéologiques, elles sont ridicules — comme vos sirènes.
Lionel Pappe fut surpris d’entendre un tel discours ; il regarda son élève et s’aperçut qu’il avait devant lui une grande écolière aux yeux clairs, qui secouait orgueilleusement ses longs cheveux bouclés et dont la gorge se soulevait avec l’anxiété des vagues de tempête qui se gonflent et ne savent pas où elles vont tomber. C’était un homme prudent, quoique fort rêveur, et depuis qu’il donnait des leçons à des jeunes filles, jamais il n’avait eu le spectacle d’une telle métamorphose. Il traitait ses élèves en élèves, et aucune ne s’était encore redressée ainsi, avouant aussi ingénument les convoitises de son sexe, — et vraiment il eut peur.