Mais la sirène pleura, et Lionel Pappe connut que les larmes sont salées comme la mer, amères comme la mer où nagent les sirènes.
DIALOGUE ENTRE HARVÈDE ET UNE OMBRE
Harvède se rejeta vers le foyer, où brûlait en flammes d’or et de ciel l’âme d’une forêt. Blotti là, sous une haie de fourrures et de coussins, il avait encore froid.
— J’ai froid à l’âme, songeait-il.
Il sentait, selon la longueur de son corps, depuis le front jusqu’aux chevilles, des zones de glace qui le coupaient en cinq ou six Harvèdes inquiets et ennuyés. On lui apporta du thé, des alcools, des parfums : alors les bandes isothermes se détendirent, et les serpents gelés se réchauffèrent à s’enrouler aux serpents de feu.
— J’ai moins froid, songea-t-il.
L’unité se recomposa. Harvède, redevenu homogène, se remua et s’allongea, — puis il désira.
Soudain, ce désir lui était venu, comme une apparition, comme un jet de soleil :
— Je voudrais une femme blonde, une esclave, une douce créature prête à tendre le cou aux arabesques du caprice et du lacet…
Il rêva si fort qu’un malaise lui opprima le cœur, car il s’était retrouvé le long de la rivière d’où revenaient trois belles filles encore nues de s’être déshabillées sous le soleil ; les cheveux disaient les jeux de l’eau. L’une était celle-là, celle au nom de bienvenue ; elle ne riait qu’en sourire et ses yeux demeuraient graves comme les reflets de la rivière profonde et douce.