Harvède répondit, un peu tremblant :

— J’accepte le plaisir que tu m’apportes. Mais je l’accepte malgré moi, je l’accepte, car ton odeur étouffe ma volonté.

— Sois heureux en paix, ami, je suis bien celle que tu désires.

— Je ne sais plus.

— Oui, tu persistes à croire que je ne suis qu’une ombre! Je suis si vivante, mon cher, que je puis te donner la mort.

La voix de l’ombre devint amère et cruelle, pendant qu’Harvède oubliait sa conscience :

— Tu as baisé mon épaule. Tu as eu tort. Pourquoi te fier à moi? Ma peau de sel gemme est empoisonnée. C’est vrai, je suis le Désir, le Désir irrésistible dont l’absence afflige et dont la présence navre. Allons, viens nous aimer!

— Où m’entraînes-tu?

— Je t’aime, je suis toute à toi.

— Je meurs.