Humble aux pieds de Majorien l’évêque, acceptant ses dires pénitentiels, humble en face de son père, l’oreille ouverte à ses conseils, elle retrouvait dans la solitude l’orgueil d’être l’unique Régelinde et la joie d’être aimée par Celui devant qui les rois ne sont que de la poussière et les évêques de la cendre : Dieu aimait Resçaon, Dieu aimait Majorien, Dieu aimait Ipa, — mais Dieu n’aimait pas Ipa, Majorien ni Resçaon comme il aimait Régelinde : et c’était vrai, aussi vrai qu’il y a sept planètes dans le firmament, aussi vrai que le tonnerre est une clameur du ciel, un avertissement d’avoir à pleurer nos péchés.

Or, un matin, Resçaon appela sa fille et lui annonça la venue du prince des fiançailles secrètes. Le courrier arrivé dans la nuit le précédait de six jours de marche : qu’elle se préparât donc à recevoir comme seigneur le jeune roi d’Hippone, Saran, celui qui portait au doigt une bague d’argent toute pareille à la bague de Régelinde.

Saran! son rêve était allé souvent vers Hippone et vers Saran ; et même, à force de penser à lui, lorsque la nourrice lui contait l’histoire des fiançailles secrètes, parfois elle se l’était figuré : tel à peu près et aussi superbe que Zinthe, le chef des Archers bleus, qui avait un zigzag de foudre tatoué sur le front, aussi superbe, l’œil aussi froidement doux, mais plus royal.

Saran! elle allait donc devenir femme!

Régelinde médita ce mystère et comme elle était très pure, ce fut en vain. Sans doute, le lendemain des noces, au lieu de la robe blanche stellée de croix de jais, elle revêtirait la robe de pourpre et, quand elle deviendrait mère, la robe de sinople frangée d’or rouge, si c’était un fils, frangée de lin, si c’était une fille, — mais comment deviendrait-elle mère?

Interrogée, Ipa répondit, en levant au ciel ses yeux gris :

— « Iscratène, ma mère, Christ, mon sauveur, vous entendez ce qu’elle demande? »

Ce fut tout. Alors Régelinde commanda qu’on fit venir et qu’on laissât seul avec elle Isidore, fils de Grégoire.

Médecin du roi et maître du cérémonial, Isidore était magicien. Il avait étudié sous les plus savants, à Thèbes, à Chrysopolis, à Alexandrie, enfin, à Erythrée, la ville des sables rouges, dont les habitants conversent librement avec les démons et dont le prince, Hucar, trois fois ressuscité, use de plus de femmes en un jour qu’il n’y a de grains de raisins dans une vigne royale.

Isidore entra. Il n’était ni jeune ni vieux, mais il paraissait fort vif, doué d’une surnaturelle santé.