— « Princesse Régelinde, celui que tu enfermes avec toi, vierge, doit être un vieillard. »
Isidore s’affaissa soudain comme sous un fardeau de siècles, et Régelinde parla :
— « Enseigne-moi la science des générations. Dis-moi comment le Père engendra le Fils ; dis-moi quelles sont les conjugaisons des astres. Nomme-moi les principes, les causes et les moyens. Quel est le père des ægipans et quelle est leur mère? Apprends-moi les normes et les ambigénies, la généalogie des semblables et celle des disparates, la création de l’homme et celle de l’ibre, celle du musmon et celle de l’ange ; j’écoute. »
— « Je me tairai, répondit Isidore, fils de Grégoire ; mais regarde. »
Et l’infinité des mondes se déroulant dans les espaces, tels que les anneaux d’une chaîne prodigieuse, Régelinde vit les générations successives, les désirs et les œuvres, les actes d’amour et les naissances.
Elle vit, au commencement des choses, l’ombre du Père, immense dans le ciel pâle, et du Père, comme un surgeon, le fils fut produit.
Elle vit les astres amoureux mêler leurs fluides, — et de nouvelles lumières peuplaient aussitôt l’étendue.
Elle vit le Principe, qui est une roue dont le moyeu est un diamant, dont les jantes sont les sept pierres primordiales, dont l’orbe est un métal unique fait de tous les métaux purs, — et elle comprit que le principe, la cause et le moyen sont Un.
Elle vit la création de l’ange, frôlement d’ailes, la création de l’ægipan et de l’ibre du faune et du musmon.
Elle vit, enfin, par quels gestes l’homme recevait la vie : — mais alors la honte fut si forte en son cœur pur, et la peur si violente en son âme chaste, qu’elle suspendit le bras évocateur d’Isidore le mage et cria, tombant à genoux :