» J’ai trop aimé pour y croire désormais et on m’aima trop pour que l’amour de demain puisse me faire oublier celui d’hier.

» Songez, très fidèle ami, que Cristoforo de Naples, — qui n’avait pas vingt-trois ans et dont le génie troublait Michel-Ange, — s’est tué pour moi, et que je l’adorais et que je vis, et que je l’ai pleuré et que je l’ai oublié, — si bien que je ne saurais plus dire la couleur de ses yeux, les yeux de Cristoforo, jadis ma joie, mon ciel, mon lac de Nemi, mon golfe de Naples!

» Non, très fidèle ami, je n’ai plus d’espoir qu’en ma volonté de mourir belle : ce sera ma dernière volupté. »

LA RÉVOLTE DE LA PLÈBE

I

Le beau, le fort, le royal mâle, le bourreau jovial et roux s’arrêtait aux carrefours et, un nègre grotesque ayant soufflé dans une conque marine, qui rendait des sons puissants et doux, comme venus d’en haut, le bourreau jovial et roux criait de sa belle voix d’appel :

— A la plus belle! A la plus belle!

Il criait, puis il flagellait sa mule vêtue d’orreries et de cuirs historiés de rires rouges, et plus loin, parmi les gens contents et les filles songeuses, il criait encore :

— A la plus belle! A la plus belle!

Quand il arriva devant le palais de la reine, il quitta sa mule historiée de rires rouges et à genoux il cria son cri :