— Voici, dirent les chambellans ; c’est une étable.
La bergère entra dans l’étable, et les génisses, qui ruminaient, tournèrent la tête vers elle, comme pour la saluer : elle les caressa, elle aussi ; elle leur donna des noms, et les bonnes bêtes allongeaient leur mufle et ouvraient leurs grands yeux doux.
— Eh bien! je reste là, dit la bergère, après avoir fait le tour de l’étable ; l’autre chambre est belle, mais celle-ci est plus belle encore, en vérité, — et comme je dormirai bien sur ce lit de paille! Allez-vous-en et fermez la porte ; je suis chez moi. Bonsoir!
V
Le prince Astère était désespéré. Trente fois il avait mis ses sabots fumés, pris son bâton de frêne, allumé sa lanterne de corne ; trente fois, il avait en vain fait le pèlerinage de l’étable.
— Allons, se dit-il le trente et unième soir, j’irai encore une fois, et si je n’y trouve personne, je ferai un nouvel édit qui annulera le premier, et je m’ennuierai beaucoup. O Seigneur, fais que je trouve l’élue!
Il tira le loquet, et sans entrer, jeta dans l’étable un regard presque distrait : il n’avait plus la foi.
Il allait sortir, sans chercher davantage, honteux un peu de sa candeur, lorsque la paille remua, juste sous la crèche, près du mufle endormi d’une vieille vache rousse dont le lait tant de fois l’avait réconforté.
La bergère se souleva, ses cheveux blonds pleins de paille blonde ; elle était si fraîche et si gracieuse, si enfantine avec ses yeux troublés par la lumière que le prince s’agenouilla, en disant :
— Tu es reine!