II

Floriberte fut mariée ; mais le soir elle fut absente de la chambre nuptiale.

Elle était sortie, ayant vite changé de robe, et elle se promenait le long du lac, songeuse, triste d’avoir signé une promesse dont la réalisation devenait inéluctable. Maintenant, il ne s’agissait plus de mots, mais d’actes ; les discours au bord de l’eau allaient se matérialiser, — et il semblait à Floriberte qu’une sorte de crime se préparait, un adultère pire que tout autre, et, elle qui s’était habituée à tout mépriser, elle ne méprisait plus rien autant qu’elle-même.

Elle se promenait le long du lac ensommeillé ; les cygnes dormaient parmi les roseaux.

Elle eut peur en pensant aux cygnes, à ces merveilleuses bêtes qu’elle aimait, au grand cygne blanc, son amant innocent, tous deux, Floriberte et l’oiseau pur, nés le même jour! Ils avaient tant joué ensemble, tous deux enfants, et ils s’étaient dit tant de choses, au bord de ce lac, pendant qu’il allongeait vers les mains de la jeune fille sa tête aux yeux d’or, courbant le long de ses jambes son col flexible!

Vraiment, absurde amour, mais que nulle mythologie n’avait inspiré, toute la tendresse de Floriberte était vouée à son cygne ; son cœur battait d’émotion à caresser son plumage et son duvet, et, quand la jolie bête mangeait dans sa main, elle ressentait un plaisir d’indicible fraternité.

Tout rêve sensuel s’apaisait en elle près de son cygne, et son imagination, qui n’était pas corrompue, ne demandait à ces caresses d’oiseau qu’un plaisir chaste.

Elle eut peur en pensant au grand cygne blanc qui dormait parmi les roseaux ; elle eut peur aussi en se représentant la chambre vide, où la faute, à cette heure, aurait pu être accomplie. Alors, pour lui demander pardon, elle chercha le grand cygne blanc parmi les roseaux ; mais le lac était vaste, elle cherchait mal et il faisait noir ; elle ne le trouva pas.

Tombée dans l’herbe humide, elle pleura nerveusement, en se tordant les bras, proie d’une crise étrange, — mais, quand elle eut bien pleuré, son orgueil lui revint avec la conscience de sa folie, et résignée à l’oubli des amours puériles, elle se releva et rentra, expliquant sa fuite par un caprice, un désir de suprême solitude.

Le lendemain, la sensuelle s’était définitivement éveillée en Floriberte, et l’orgueilleuse avait limité son mépris. Pourtant, et comme elle l’avait juré, elle n’aima jamais son mari avec la tendresse du cœur ; tout ce qui lui avait été départi de sentiment, elle l’avait prodigué aux cygnes candides comme des anges : un homme évoquait pour elle d’autres désirs et réalisait d’autres plaisirs.