Ils partirent de grand matin et, ayant suivi un ruisseau qui coupait en deux la forêt de Sinope, ils se trouvèrent, un peu avant midi, en face d’une petite cabane couverte de roseaux, derrière laquelle paraissait s’étendre un agréable jardin. Amasius n’eut aucun soupçon ; il cogna à la porte et demanda l’hospitalité.
La porte s’ouvrit et parut un homme vêtu, tel qu’un paysan, d’une tunique courte qui laissait les jambes nues à partir des genoux ; ses cheveux étaient ras et sa barbe longue ; il avait l’air las et doux ; ses yeux, sous des paupières tombantes, étaient bleus et un peu vagues. L’homme semblait avoir une cinquantaine d’années, mais son âme, certes, était toute jeune, car il manifesta une grande joie, de ce que la Providence lui envoyait des étrangers :
— Entrez, entrez! Comment? Des soldats? Les Goths sont-ils revenus?
— Non, dit Amasius, mais nous cherchons un bandit plus féroce que les fils des Amales, un chrétien, un contempteur des dieux (il récitait son instruction), un magicien, qui connaît l’art incroyable de tuer à distance…
Il n’y a pas de magicien par ici, dit Phocas, mais le pays est plein de voleurs. Ils n’attendent même pas que mes salades soient poussées pour me les arracher. Cela me donne double besogne, il faut que je recommence mes semis, — mais, que voulez-vous? s’ils me prennent mes salades, c’est qu’ils en ont besoin, plus besoin que moi, peut-être, — et d’ailleurs, je leur pardonne et je leur donne ce qu’ils me dérobent.
— Vous êtes trop indulgent, dit Amasius, et l’empereur, qui est juste, a résolu de punir le chef de ces coquins, car il doit être leur chef, mes instructions le portent.
— Quel est son nom? demanda Phocas.
— Son nom?
Il consulta ses tablettes :
— Phocas.