« Tous les nids sont vides. Ce jeune baiser, sans la joie du vol et la joie de l’impudeur, eût été fade comme une mûre des haies, — et quand ce même enfant, l’année suivante, me rendit ma caresse, les yeux ardents et les gestes insolents, je n’éprouvais encore que le plaisir du mal, les délices de l’illicite et de la cachette. »
Ensuite des hommes graves ornés de rubans ou de broderies lui avaient permis de dormir avec un homme, permis et même commandé. Ils disaient avec de menaçants sourires : « Votre devoir est de dormir avec cet homme, désormais et avec lui seul. »
Pendant toute la première nuit et bien d’autres nuits encore, Tristane avait songé à ces récits pieux où des vierges sont livrées à d’experts et inventifs bourreaux, — puis, habituée au supplice, elle s’endormait résignée, mais toute meurtrie par le devoir.
Elle ne tressaillit enfin que sous un regard étranger ; retrouvées, aussi fraîches et plus épanouies, les joies de l’illicite et de la cachette lui firent croire, pendant quelques journées, à la beauté de la vie ; fanées, elle en cueillit d’autres encore, encore d’autres ; mais les nouvelles fleurs séchaient de plus en plus vite, et Tristane avait moins de courage à tendre la main vers la désillusion des roses.
Tristane regarda derrière elle et vit un chemin qui se déroulait loin, pareil au chemin jonché de pétales que l’on offrait jadis au Saint-Sacrement.
« Tant de fleurs brisées et qu’il ne m’en soit resté aucun parfum ni aux doigts ni au cœur! »
Une fois de plus, elle voulut redevenir toute petite pour refaire, avec plus de soin, la route parcourue en vain, pour mieux choisir parmi les églantines et parmi les dahlias, car, songeait-elle, j’ai certainement passé, sans les voir, à côté des branches les plus fleuries et les plus odorantes.
« Non. A quoi bon? Je me tromperais encore, je foulerais les mêmes herbes, j’avancerais la main vers les mêmes erreurs, j’ouvrirais les bras aux mêmes fantômes, avec la même innocence dans mes gestes et dans mes yeux. Maintenant, je sais. Je sais comment il faut prendre et comment il faut donner. Je ne suis pas au bout de ma route ; il y a encore un reposoir avant la chapelle. »
II
Tristane s’en allait donc au-devant du dernier amant.