Elle s’aperçut, tout étonnée, de ce changement d’état.
— Si j’étais riche comme autrefois, Baudoin, je serais aimable et bonne comme autrefois. Mais je le sais, je suis devenue méchante, je suis devenue froide et dure, — et c’est irréparable.
Alors, elle dit toute la vérité à Baudoin, qui n’en fut pas touché très profondément, car c’était un cœur simple et une âme désintéressée. Il aimait Danielle d’un amour qui ne fut pas amoindri par la révélation de sa pauvreté, et, prenant les longues mains blanches et nues, dépouillées de leurs bagues, il les baisa l’une après l’autre, disant :
— Je les garde, toutes blanches et toutes nues, toutes pauvres, et toutes pures.
— Oui, Baudoin, répéta Danielle, toutes pauvres, pauvres, pauvres.
— Pauvres! cria tout d’un coup M. de Brunon, réveillé par les tristes syllabes qui hantaient son sommeil.
— Il se redressa, étendant la main vers le flacon doré.
— Il est vide, ma fille ; veux-tu aller me le remplir?
Danielle se leva, et prenant le flacon, elle alla soulever un pan de tapisserie derrière lequel dormait un tonnelet de chêne, tout plein de rêves, de souvenirs, d’illusions, — un tonnelet de chêne d’où allait sortir, sans doute, le mot qui délivre le Dragon de l’or, maître et gardien de la joie humaine.
Quand le flacon fut sur la table, M. de Brunon, l’ayant fait miroiter, s’en versa un gobelet tout entier, disant :