— Elle est plus belle que jamais! Elle est resplendissante, Danielle, je crois que cette fois-ci elle va dire son secret. Bois avec moi, Baudoin.

Baudoin céda et il but plusieurs verres d’eau-de-vie.

— Pauvres! répéta encore M. de Brunon, — et dire que ce vieux château, hanté par les trépassés, est assuré pour des sommes… des sommes énormes… Quelle somme, Danielle?… Et qu’il ne brûlera jamais.

— Ne dites pas cela, mon père. La matière, qui est inerte, obéit au verbe, qui est vivant. Ce château brûlera un jour ; quand? nul ne le sait encore. Buvez encore un verre de cette eau-de-vie, Baudoin ; elle vous dira peut-être son secret, — le secret qu’elle a toujours refusé à mon père.

Et Baudoin but encore un verre d’eau-de-vie.

II

Quelques heures plus tard, M. de Brunon, sa fille et Baudoin, enveloppés de couvertures, gisaient blottis dans la paille d’un hangar de ferme, pendant que de hautes et belles flammes se tordaient, harmonieusement, jaunes et rouges, au-dessus du bûcher prédit par Danielle. M. de Brunon pleurait, épouvanté par la magique réalisation de son rêve abominable ; Baudoin, à demi-évanoui, haletait couché sur le dos, les doigts agités de gestes nerveux ; Danielle, à genoux, paraissait en prière : ses longues mains blanches, où brillait une seule bague, s’étaient jointes et sa figure, illuminée par l’incendie, resplendissait comme surnaturelle.

Baudoin, presque en délire, proféra de vagues paroles ; alors, elle accourut près de lui, et le baisant sur la bouche :

— Tais-toi, tais-toi, murmura-t-elle. Ta pensée m’appartient. Nous voilà unis par un ciment plus fort que l’amour.

— Le crime! dit Baudoin.