CHAPITRE VI

Réforme des mots grecs-français. — Les lettres parasites et les groupes arbitraires (ph, ch). — Liste de mots grecs réformés. — La Cité verbale et les mots insolites. — Dernier mot sur le « fonétisme ». — La liberté de l’orthographe.

Il n’y a à cette heure que deux réformes à faire dans l’orthographe : l’une concerne les mots grecs ; l’autre, les mots étrangers.

Les deux questions sont distinctes. Je parlerai des mots étrangers dans un autre chapitre.

Les mots grecs imposés au dictionnaire français perdraient une partie de leur laideur pédante si on les soumettait à une simple opération de nettoyage.

Il faut supprimer : toutes les lettres qui ne se prononcent pas ; toutes celles qui aspirent inutilement la consonne qu’elles précèdent ; il faut aussi remplacer les ph par des f, les y par des i et écrire par qu les k et les ch durs[48].

[48] Sur le ch dur, Vaugelas, très respectueux de l’étymologie, est cependant intraitable. Il veut que « chaque lettre soit maîtresse chez soi », c’est-à-dire qu’on n’écrive pas ché une syllabe qui doit se prononcer qué, parce que le ch français n’a qu’un seul et unique son. L’honnête Vaugelas appelle le ch dur un piège tendu à toutes les femmes et à tous ceux qui ne savent pas le grec.

La suppression des lettres purement parasitaires est en train depuis la seconde moitié du XVIIe siècle. M. Gréard l’a reconnu dans un rapport sur la réforme de l’orthographe : si l’on écrit rapsode, trésor, trône, il n’y a aucun motif raisonnable d’écrire chrome, rhododendron, thésauriser[49].

[49] A Paris, le peuple a résolu la question, en ce qui touche à ce dernier mot ; il dit trésoriser, sans malice, mais qu’elle est bonne, cette leçon de l’instinct !

Les consonnes aspirantes seraient plus difficiles à éliminer. Cependant phtisie est inadmissible et ftisie ne l’est guère moins ; il faudrait ici se guider sur l’analogie, sur l’italien, sur l’ancienne langue[50], et dire tisie.