Jor. Jornal. Ojord’hui.
Ce sont des prononciations archaïques.
Jour a d’abord été jorn, puis jor ; journal a été jornal. Au XVIIe siècle, on prononçait ojord’hui.
Écale. Écaille.
Ce sont deux orthographes d’un même mot. Le peuple avoue ne pouvoir les distinguer. En fait, la répartition de deux sens différents aux deux orthographes est absolument arbitraire. Écale de noix exige écale d’huître ; et, d’autre part, il y a loin des écailles d’une carpe à l’écaille de la tortue. Ici encore l’intervention des grammairiens a été mauvaise. Écale est le mot primitif ; il vient de l’allemand, où la forme ancienne était schalja. Aujourd’hui schale veut dire indifféremment écale et écaille ; en français les deux formes ont des sens tellement voisins qu’on les confond dès que l’on sort des locutions usuelles. On a voulu réserver écaille pour les poissons et écale pour les végétaux ; c’est d’après le même principe de répartition enfantine et hiérarchique qu’un grammairien avait décidé jadis de n’accorder au bouillon que des œils : yeux lui semblait trop noble pour une constatation aussi vulgaire. Peut-être même assignait-il à ces œils une étymologie particulière ; ainsi le plus répandu des petits dictionnaires manuels a soin de spécifier que écaille vient du latin squama, ce qui est absurde[124].
[124] Il y a peut-être à ces pluriels, œils, ciels, etc., une raison véritable. Changer un mot à une signification nouvelle, c’est, en somme, un autre mot. Or la langue ne peut plus à cette heure attribuer à un mot nouveau un signe du pluriel autre que l’s. Cela est très sensible à ciel, qui fait son pluriel en s dans toutes ses significations métaphoriques, celle de paradis exceptée ; mais elle est très ancienne.
Ecale et écaille sont des formes parallèles à métal et métail, entre lesquels on avait voulu aussi faire une distinction[125]. Métail a disparu.
[125] Victor Hugo, dans un erratum du tome II de la Légende du beau Pécopin : « Le métal est la substance métallique pure ; l’argent est un métal. Le métail est une substance métallique composée ; le bronze est un métail. » Pure imagination. Métail et métal sont des doublets du latin metallum. La forme populaire se retrouve dans médaille, venu de l’italien ; de metallia, le vieux français avait tiré maille (monnaie).
Maline. Echigner.
L’usage impose échiner et maligne ; il impose aussi cligner, mais clin (d’œil) témoigne qu’à un moment de la langue on a dit cliner. Peigne a d’abord été peine. Maline, qui est dans La Fontaine, est une forme plus ancienne que maligne, refait sur le latin écrit. Echigne, de skina, est identique à cligner de clinare. Du temps de Vaugelas, on disait à la cour preigne et viegne pour prenne et vienne. La langue n’a pas encore choisi un son unique pour cette finale ; il serait bien prématuré de poser des règles.