Prévu d’avance.
On connaît par ses affiches la société des « Prévoyants de l’Avenir ». Ce pléonasme apparent s’explique par l’affaiblissement de la signification de certains mots. Prévoir n’a plus un sens absolu pour le peuple ; mais nous-mêmes ne disons-nous pas, sans rougir, prédire l’avenir ?
C’est encore à ce besoin de renforcement que répondent les expressions : monter en haut, dépêchez-vous vite, et les locutions plus populaires, regardez voir, voyez voir. Vaugelas disait, à propos de certains pléonasmes d’usage, que « la parole n’est pas seulement une image de la pensée, mais la chose même », laquelle se représente d’autant plus nettement que la phrase est plus descriptive de l’acte.
Promener.
Il y a une tendance à supprimer le pronom réfléchi dans les phrases : je vais me promener, — me coucher, — me baigner, etc. L’expression toute récente, se cavaler, est déjà devenue cavaler. J’entendis hier les enfants abandonnant un camarade dire : Cavalons, il nous rejoindra.
Cependant, Vaugelas écrivait au mot promener : « Tantôt il est neutre, comme quand on dit : Allons promener ; il est allé promener ; je vous enverrai bien promener. » Il est donc possible que la manière populaire de traiter promener soit un archaïsme[128].
[128] Vaugelas revient souvent ici parce que son livre est toujours précieux. On a suivi l’édition de 1662 : Remarques sur la langue françoise utiles à ceux qui veulent bien parler et bien escrire. Vaugelas fut un observateur de premier ordre.
Raisons.
Le peuple emploie ce mot, au pluriel, comme synonyme de discussion, difficultés, querelle et même injures. Quelque jour, ce sens passera dans les dictionnaires. Mots et paroles ont également ces mêmes significations, peut-être atténuées.
Voix de Centaure.