La jolie métaphore qui a transformé en petite bergère l’oiseau qui vit dans les prés et voltige autour des troupeaux ne se trouve, il semble, qu’en français : les mœurs de la bergeronnette n’ont frappé que nos bergers[145]. Les Anglais, qui lui ont laissé son autre nom, hoche-queue (wagtail)[146], ont cependant fort bien remarqué la fraternité du bouvreuil et du bœuf ; ils le nomment bull-finch, le pinson du bœuf ; mais que ce nom est loin d’être joli comme le nôtre qui signifie le petit bouvier (bovariolus) ! La linotte, c’est l’oiseau au lin ; les Latins s’étaient décidés pour un nom pareil et disaient linaria ; les Allemands et les Polonais appellent la linotte, l’oiseau du chanvre, haenfling, konopka, et les Flamands lui donnent le même nom qu’au chanvre femelle, kemphaen[147]. Ce passage du lin au chanvre est tout à fait extraordinaire, car si les deux plantes sont d’un usage identique, elles diffèrent absolument pour le reste et il ne semble pas que même une linotte puisse les confondre, ni leurs graines qui n’ont pas précisément les mêmes propriétés. Il faut peut-être voir là une confusion de noms, pour parité d’usage, entre le lin et le chanvre[148].
[145] Dans le centre de la France la bergeronnette se dit bergère et l’on en distingue une variété appelée bergère jaune ou lavandière (Glossaire du comte Jaubert). — Palearia est un des noms latins de ce petit oiseau, et Palès étant la déesse des bergers, on peut lui donner un sens voisin de bergeronnette, quoique l’idée de paille (paille-en-queue) soit plus probable.
[146] Mot qui correspond bien à l’autre nom latin de la bergeronnette, motacilla. Cette idée se retrouve, sous les formes les plus amusantes, dans les dialectes italiens où on l’appelle codratremola, codacinciola, squazzacoa, cotretola, et enfin balarina, la ballerine. Le français du XVIe siècle dit guingne-queue. En Espagne et à Venise, c’est l’oiseau de la neige, parce qu’on le voit sautiller sur la neige.
[147] Holl. : kemphaan. Cependant les dictionnaires traduisent ces mots par huppe.
[148] En portugais la confusion va très loin : linhaça signifie à la fois graine de lin et chènevis, mais chènevis se dit aussi linhaça do canamo (chanvre) ; linhal veut dire à la fois linière et chanvrière.
Du mot aureolus le français à fait oriol[149], puis par agglutination de l’article (l’), loriol, devenu loriot ; c’est l’oiseau d’or, et les Allemands appellent également le loriot goldamsel, le merle doré ; les Anglais lui ont donné le beau nom de marteau d’or, gold hammer ; pour les Polonais c’est la plume d’or, zlotopior (zloto, or) : les Portugais le nomment oriolo et oropendula, l’horloge d’or. Mais pourquoi les Danois l’appellent-ils le Suédois (Swenske) et les Flamands, le Wallon[150] ? Peut-être parce qu’ils donnent au loriot le nom de leurs meilleurs amis. Les Flamands possèdent également la métaphore allemande : merle doré (goudmeerle).
[149] L’anglais nous a pris jadis et a conservé oriole et oriel.
[150] Littér., le veuf wallon (weduwael).
Comme le lin a donné son nom à la linotte, le chardon a servi à désigner le chardonneret (anc. fr. : chardonnet[151], c’est proprement l’oiseau au chardon). L’idée de cette relation se retrouve dans presque toutes les langues de l’Europe et dans les deux langues classiques : ακανθις[152], carduelis, l’italien cardellino traduisent exactement chardonnet ; la branche germanique se sert de l’expression pinson du chardon ; en allemand, distelfink ; en flamand, distelvink ; en suédois, tistelfink ; en anglais thistle-finch. L’Anglais l’appelle aussi goldfinch, pinson doré.
[151] Cf. Glossaire du Centre : chardonnet, échardonnet, échardonnette.