Chien (de fusil) ne se retrouve guère qu’en italien, cane, où il s’appliquait déjà au rouet de l’arquebuse ; les Espagnols et les Portugais disent petit chat, gatillo, gatilho ; dans les langues non latines, le chien de fusil est un coq ; allemand, hahn ; hollandais, haen ; danois et suédois, hane ; polonais, kurek.

Le nom de la plante appelée chiendent, parce que le chien la mordille volontiers, se retrouve littéralement en allemand, hundszahn ; le danois, le flamand et l’anglais disent herbe au chien, hundegroes, hondsgras, dog’s grass. Le chien a encore donné son nom à la chenille, en latin vulgaire canicula, la petite chienne. Cette manière de voir n’est guère répandue en Europe ; on trouve cependant cagnon, petit chien, dans l’italien dialectal qui fournit aussi gata et gattola, petite chatte. L’idée de chat semble d’abord se retrouver dans le mot anglais si singulier caterpillar ; cela, devient peu probable si l’on rapproche le mot anglais de la forme normande carpleuse (on trouve aussi les variantes charpleuse, chapleuse, chaplouse). En effet carpleuse et charpleuse semblent dérivés de l’ancien verbe charpir, qui nous a légué charpie. La charpleuse, ce serait la faiseuse de charpie, la dépeceuse, et cela qualifie bien la chenille et sa voracité. Mais le français du XVIe siècle est formel ; il dit chattepelue et chattepeleuse[141]. Est-ce une déformation ? Les Portugais l’appellent lézard, lagarta ; pour les Polonais, c’est une petite oie, gasienica. Ces appellations répondent au besoin de transférer les noms d’un animal à l’autre, le plus souvent d’un gros à un petit. Le cloporte en est un exemple amusant, car rien ne ressemble moins à un cochon qu’un cloporte.

[141] Hadrianus Junius, Nomenclator ; Francfort, 1596. — Les chatons des arbres sont en anglais catkin et cat-tail.

Cloporte.

Son nom est cependant clair ; du moins, malgré la phonétique, il est permis de supposer que cloporte est une altération de claus-porc (clausus-porcus). C’est l’opinion de Brachet. Elle serait bizarre, si la même image ne se retrouvait en plusieurs langues ou dialectes et si le français du XVIe siècle ne nous donnait la forme inattendue closeporte, déformation à laquelle correspond peut-être le vieux hollandais dorworm. Porcellio est un des noms latins du cloporte ; c’est le nom populaire opposé à oniscus ; en Italie on appelle aussi les cloportes, porcellini, les petits cochons ; en Champagne, c’est : cochon de S. Antoine ; en Dauphiné : kaïon (cochon), et en Anjou : tree (truie). Le Glossaire du Centre donne : cochon, cloporte. La forme porcelet est assez répandue dans une partie de la France[142]. Enfin, rapprochement inattendu, le cloporte s’appelle, en suédois, le cochon gris, grasugga. L’idée de cochon pour nommer le cloporte a eu à lutter avec l’idée d’âne, qui n’est pas plus explicable par les logiques ordinaires : l’oniscus latin est l’ονισκος grec (petit âne), mais les paysans romains connaissaient aussi le mot asellus, et l’allemand assel doit sans doute être rapproché de esel (âne). On sait que le cochon a encore donné son nom au petit ver qui se rencontre dans les noisettes ; ce petit cochon se retrouve en anglais, pig-nut[143]. Les Anglais appellent également pig le lingot que nous disons saumon et les allemands, salm.

[142] Le charançon est appelé varkentor en flamand (varken, cochon).

[143] En polonais la métaphore est des plus singulières : orzechowiec, brebiette de la noix (owka, brebis).

Fauvette. Bergeronnette. Linotte. Loriot. Chardonneret.

Que la fauvette à tête noire ait été nommée en grec μελαγκορυφος[144], en latin atracapilla ; qu’elle soit, en italien, la capinera, et en portugais toutinegra (chignon noir) cela n’a rien que de fort logique ; on ne sera pas surpris davantage que des petits oiseaux aient été comparés à des mouches : notre moineau est littéralement l’oiseau mouche (muscionem, de musca) et la fauvette, alors désignée d’après sa petitesse et sa légèreté, devient la mouche d’herbe (all. : grasmuch ; flam. : grasmuch). Il ne faut d’ailleurs être surpris de rien au pays des métaphores ; les Grecs n’appelaient-ils pas du même mot, στρουθος, le moineau et l’autruche ?

[144] On traduit également ce mot par becfigue.