[179] Ou les cloches du couvent.

[180] Et même jusque dans le centre de la France et dans la Haute-Marne.

Aubépine. Chèvre-feuille. Rouge-Gorge. Fourmi-lion.

Il est tout simple que l’aubépine (albispina), la blanche épine, porte ce même nom en presque toutes les langues, depuis l’italien biancospino jusqu’au danois hvidtorn. De même on s’explique assez facilement la fréquence linguistique du chèvrefeuille (ital. : caprifoglio ; all. : geissblatt ; holl. : geitenblad ; dan. : giedeblad ; suéd. : getblad) ; tous ces noms modernes ne sont peut-être que la traduction de caprifolium. Quand le mot latin est très explicite et quand toutes les formes linguistiques sont identiques, l’hypothèse de la traduction est admissible. Les dictionnaires donnent du mot chèvrefeuille cette plaisante interprétation : ainsi appelé parce que les chèvres aiment à brouter ses feuilles. Comme si les chèvres n’aimaient pas à brouter tout ce qui est vert ! Le chèvrefeuille, c’est la plante-chèvre, la plante grimpante, tout simplement. Varron appelle caprea la vrille de la vigne et l’italien dit dans le même sens capreolo. Le mot latin s’est substitué, sans qu’on en comprenne le sens, aux noms indigènes qui avaient sans doute été faits, comme en Angleterre, avec l’idée de fleur qui a goût de miel, honey sukkle, ou celle de lien sauvage, lien des bois, wood bine[181]. Il en a peut-être été de même pour le rouge-gorge. Dans toutes les autres langues, de l’italien, pettirosso, à l’allemand, rothkehlchen, au danois, rotkielke, au polonais czerwonogardl, on soupçonne des mots latins et ces mots nous en avons l’écho dans le vers déjà cité à propos du roitelet :

Et rubro pectore Progne[182].

[181] Ou bind. Hadrianus Junius donne plusieurs noms de chèvre-feuille en allemand du XVIe siècle ; les uns semblent vouloir dire la nourriture de la chèvre : speckgilgen ; les autres correspondent bien à la comparaison de la plante avec l’animal qui grimpe : waldgilgen. En vieux hollandais son nom est : les chèvres, gheyten.

[182] « Je regarde ce mot (Progne) comme employé ici pour désigner génériquement une famille de petits oiseaux, analogues à ceux qui sont nommés dans le même vers, et spécialement le rouge-gorge qui y est caractérisé très naïvement par ses propres attributs. » Philomela, XXXIIe remarque.

Cependant, il est fort possible et bien conforme au mécanisme de l’esprit humain que la trouvaille rouge-gorge ou rodkielke soit spontanée dans chacune des langues où on la rencontre. Le vieux français disait : rubéline.

Mais pour le fourmi-lion, aucun doute n’est possible, puisque ce mot n’est que le résultat d’une trop bonne prononciation de l’l mouillée ou d’une mauvaise lecture du mot latin. Formica-leo est, en effet, soit une forme bâtarde calquée sur notre fourmi-lion, soit une déformation, par étymologie trop savante, du bas-latin formiculo, formiculonem, diminutif de formica. Formiculonem a donné en français fourmillon. Comme l’idée de fourmi-lion se retrouve dans beaucoup de langues d’Europe, son absurdité doit sans doute être mise à la charge des latinisants. L’anglais ant-lion, l’allemand ameiselawe, le flamand mierenleeuw, le danois myrelove, le suédois myrlejon, le polonais mrowkolew se traduisent tous avec une exactitude singulière par formica-leo, mais si fourmi-lion veut bien dire en français « fourmi qui est comme un lion », ant-lion signifie en anglais « lion qui est comme une fourmi », ou « lion qui mange les fourmis », etc. ; c’est lion-ant qu’il faudrait pour rendre formica-leo. L’idée plaisante que le fourmi-lion est le « lion des fourmis » égaie quelques dictionnaires : que de mal ont pris les grammairiens pour expliquer logiquement les mœurs d’un insecte par une déformation linguistique !

Autres mots : Corset. Clairon. Amadou. Navette. Béryl. Railler.