« Leur unité vraie n’est pas le nombre conventionnel du vers, mais un arrêt simultané du sens et du rythme sur toute fraction organique du vers et de la pensée. » En d’autres termes, le distique est formé de huit petits vers de trois, trois, trois, trois ; deux, quatre, deux, quatre syllabes, — le vers étant « un fragment le plus court possible figurant un arrêt de voix et un arrêt de sens ».
Ces vers minuscules, M. Kahn les appelle des « unités », et il s’agit de les apparenter, de leur donner par des allitérations, des assonances, la cohésion qui en fera des vers véritables, « possédant leur existence propre et intérieure »[195].
[195] Préface des Premiers Poèmes.
On admettrait cela volontiers, si la première partie du raisonnement ne semblait pas inexacte. En analysant le vers français, M. Kahn confond la déclamation et la versification, et il donne à déclamation une fixité absolument arbitraire, car quelle objection à noter ainsi les vers de Racine :
Oui | je viens dans son temple adorer l’Éternel
Je viens | selon l’usage antique et solennel
Pourquoi détacher chaque membre de phrase ? Est-ce que
Je viens dans son temple adorer l’Éternel
mis pour
Je viens adorer l’Éternel dans son temple