Il se dressa encore plus et de sa bouche violette, pâlie par les neiges de l'au-delà, il dit,—pendant que les hommes souriaient de la divagation finale et que les femmes apeurées sanglotaient comme des pleureuses:

—Adieu, Arabelle, toi qui m'appartiens! Je m'en vais, mais tu viendras. Je serai là. Je t'attendrai tous les soirs sous le magnolia, car tu ne dois connaître nul autre amour que mon amour, Arabelle, nul autre! Ah! comme je te le prouverai, mon amour! Quelle preuve! Quelle preuve! Tu es bien l'âme qu'il me faut.

Et avec un sourire qui déplaça diaboliquement les ombres de sa face maigre, il répéta—sa voix luttant déjà contre le râle,—ces paroles, peut-être dénuées de sens, peut-être mystérieusement calculées ainsi qu'une savante perfidie d'outre-tombe:

—Sous le magnolia, Arabelle, sous le magnolia!


Toutes ses journées, toutes ses nuits presque, Arabelle les veillait, l'esprit troublé, le cœur douloureux, et, le soir, quand le vent faisait bruire les feuilles de l'arbre défleuri et quand, la lune montée, il se dressait magique dans le clair d'un rayon échappé aux rets des nuages d'octobre,—Arabelle tremblait et se blottissait vers Bibiane, criant:

—Il est là!

Il était là, sous le magnolia, dans les basses feuilles, ombre obéissante au roulis du vent.

Un soir, elle dit à Bibiane:

—Nous nous aimions, pourquoi me ferait-il du mal! Il est là.—j'y vais!